Atlantique Sud - Brésil - Fortaleza

   

 

Nous voilà donc dans la deuxième partie de la traversée de l’Atlantique Sud. Je vous rassure tout de suite, c’est bien comme on le dit. C’est calme, et que c’est agréable ! Nous manquerons bien d’un peu de soleil au début, mais les Alizés de Sud-Est sont là, régulier entre 10 et 20 nœuds. Nous avançons vent arrière, génois tangonné. Notre vitesse oscille entre 4 et 6 nœuds. Nous sommes toujours obligés de surveiller la vitesse du bateau car notre pilote est léger pour les 15 tonnes de Mérovée. Il faut souvent réduire pour diminuer les efforts sur le pilote, mais ce sont bien les seules manœuvres auxquelles nous sommes astreints.  

Alors : à quoi passons nous notre temps. On nous pose souvent la question. Sur le plan proprement marin, c’est vrai que l’activité est réduite au minimum. Pas ou peu de manœuvre de voile, toutes les 24 heures on relève le point sur le GPS et on le porte sur la carte. C’est sympa de voir ce grand serpent qui progresse doucement sur le papier.

Imaginons une journée type. En général nous nous réveillons avec le soleil…… Ben oui la nuit on dort ! Sur une oreille, d’accord, mais quand même. Lorsque le vent est régulier comme ça, il n’y a pas de problème. Nous avons un outil incomparable d’efficacité : notre radar. Il est équipé d’une fonction  « Watchman ». C’est à dire que toutes les 10 minutes, il fait pendant une minute un tour d’horizon et nous averti de toute présence inopportune à nos cotés, cargo ou grain orageux. Il nous signale des cargos à l’horizon que nous n’aurions jamais vu sans lui. Ajoutons à cela une alarme sur le GPS afin de prévenir une augmentation trop grande de la vitesse qui mettrait le pilote en difficulté et nous sommes parés pour une nuit tranquille.

Au petit matin, premier travail, un petit tour sur le pont pour vérifier que tout va bien, et remettre les poissons volants à l’eau. Il y a longtemps nous en avions mangé. Ca a goût de sardine avec beaucoup plus d’arrêtes. Pas terrible !

 Ensuite nous  mettons les lignes de pêche à l’eau. Nous promenons souvent nos leurres pour rien, sauf il y a trois ou quatre jours…. Tanguy se prépare à mettre le ligne à l’eau. Il jette le leurre juste le long du tableau arrière, et à peine celui-ci a t’il touché l’eau qu’un petit thon jaune saute dessus et s’y accroche. Nous le remontons  à bord et Tanguy rejette le leurre. Et ça recommence, un nouveau thon s’accroche à l’hameçon. Quatre fois de suite le même scénario, incroyable, Il devait y avoir un nid sous le bateau ! Le menu de midi était tout trouvé, et Nicole a ensuite préparé une dizaine de conserves. Vous voulez la recette ?

Mettez les morceaux de thon cru dans le bocal, des épices (thym, lauriers)  du sel, du poivre et complétez avec de l’eau de mer. Fermez le pot et stérilisez environ 1 heure à la cocotte minute. C’est tout.

Une autre ? C’est le saucisson de thon. Découpez les filets en lanières de 2 à 3 centimètres de diamètre. Laissez tremper dans de la sauce de soja (soyou en Nouvelle Calédonie ou Siave à la Réunion) pendant 24heures. Egouttez et roulez  ensuite les morceaux dans du poivre concassé. Faite sécher au soleil pendant 2 ou 3 jours en prenant soin de les rentrer la nuit. Personne ne voudra vous croire lorsque vous leur direz que c’est du poisson !

Tout ça pour vous faire comprendre que la « bouffe », c’est très important à bord. Il est bien connu que si on veut éviter les mutineries il faut bien nourrir son équipage. Pour l’instant nous n'avons pas eu de problème…. C’est vous dire si on mange bien. Lors des escales, Nicole prépare des conserves de viande, porc, bœuf, en carry,  etc… Mélangées ensuite aux pâtes, riz, purées ou aux salades, c’est un régal. Principale base pour la salade, le choux vert. Nous en avons conservé souvent pendant plus de 3 semaines.

Et puis il y a le pain. Ah! L’odeur du pain qui sort du four. Le bateau est alors rempli d’une odeur qui rend les enfants incontrôlables, moi aussi d’ailleurs. Nicole est tenue à une surveillance extrême pour éviter à son précieux trésor de disparaître aussitôt. Une grosse tranche de pain chaud avec du beurre salé…. Hum mm !

Nous avons également à bord la possibilité de faire notre fromage blanc. C’est Tatanai, un voilier italien rencontré aux Chagos en 96 qui nous avait donné le produit miracle. Ce n’est pas le kéfir que beaucoup connaisse, mais à mon goût c’est meilleur. Ce qui fait que coté cuisine, Mérovée tient la route.  Pour la soif, il y a bien sur les 700 litres d’eau des réservoirs, mais pour les grandes occasions, nous n’hésitons pas à puiser dans notre réserve de vin rouge. En ce moment  nous avons dans nos fonds quelques crus d’Afrique du Sud très respectables…..

Revenons à notre journée type. Les enfants passent en général la plus grande partie de la journée à travailler. Lorsque le temps est aussi calme, ils en profitent pour s’avancer, même si écrire n’est pas chose aisée. Cela leur permet d’être plus disponibles lorsque nous sommes en escale.

La lecture est notre principale activité, et le bord est bien fourni en livres de toutes sortes. Romans, récits d’aventures ou historiques, polars, tout y passe. La bibliothèque est renouvelée à chaque escale grâce aux échanges avec les autres bateaux francophones.

Très régulièrement, le soir avant la tombée de la nuit, nous « tapons le carton » avec les enfants. Nos amis du Rebelle nous ont initiés au Tarot, et nous disputons des parties acharnées. J’ai déjà perdu plusieurs fois mon bateau, avec les voiles et le moteur…. Marine est redoutable !

Après le coucher du soleil, si les batteries  sont bien chargées, on s’offre un petit film sur la vidéo du bord.

Et le temps passe, et les miles défilent. Ces grandes traversées nous comblent de bonheur. Après l’excitation du départ et dans l’ attente de celle de l’arrivée, le temps perd de sa consistance. La mer, le ciel, Mérovée et nous. Génial !

Vous nous entendez souvent parler du Rebelle. Nous naviguons de concert depuis la réunion.  Il ne s’agit pas pour autant de se suivre comme des moutons, scotchés les uns aux autres sans plus aucune autonomie. Simplement se retrouver à certaines escales, se concerter sur les meilleurs route à suivre (c’est Lionel qui nous a convaincu d’aller en Namibie), s’épauler dans les moments difficiles comme ce fut le cas avec les fronts froids d’Afrique du sud. L’un poussant l’autre, cela nous a permis de toujours partir au bon moment.  Et il faut reconnaître que Lionel, Yamilé et Hélène sont des compagnons de route parfaits. Il arrivent au bout de leur tour du monde. Ils sont partis il y a 5 ans de Guyane et dans 15 jours, ils seront de retour chez eux. Merci à eux pour leur gentillesse, leur compagnie. Ces rencontres là, ce sont un des grands bonheurs du voyage en bateau.

 

Nous faisons un tout petit stop de 7 heures à Fernando De Naronha. Nous mouillons à l’ouest de l’île à 3 heures du matin, au radar et par une nuit sans lune. Le mouillage est horriblement rouleur, ce n’est pas un port d’entrée pour le Brésil, il n’y a pas ou peu d’approvisionnement à faire, et la taxe touristique s’élève à 13 US$ par jour et par personne… Non merci ! Le temps de réparer une poulie de tangon, de mettre un peu d’ordre dans le bateau et de se baigner, et nous repartons. Fortaleza est à 365 miles devant nous.

Nous y arriverons le 21 janvier, après 17 jours et 20 heures de mer, soit à 5 nœuds de moyenne sur 2150 miles. Tout ça dans le confort et la bonne humeur.

 

Nous voilà donc au Brésil. Nous ne parlons pas portugais, ni même espagnol. Et ce n’est pas en 8 jours que nous allons apprendre la langue.

Nous n’allons faire qu’une escale au Brésil. Il nous faut en effet faire un choix. La route est encore longue jusqu’en Bretagne. Nous nous contenterons donc d’un simple coup d’œil, un peu comme une bande annonce de film, juste pour nous donner envie de revenir.  

  Nous sommes dans une marina gérée par un hôtel 5 étoiles avec piscine. Mais les 5 étoiles ne montent pas sur le ponton. Celui-ci est constitué de vieux caissons métalliques rouillés, reliés par des chaînes, et amortis par des pneus, tout cela maintenu en place  à l’aide de poteaux en bétons…  Les bateau sont mouillés sur ancre cul à quai. La houle du large qui  rentre un peu à marée haute crée des ballets amusants d’annexes pour replacer inlassablement les dîtes ancres qui glissent continuellement dans la vase molle du port. Rajoutons à ce tableau idyllique que l’eau au ponton n’est pas buvable, que les bateaux se connectent au réseau électrique avec des dominos et du chatterton  ce qui est très  rigolo quand il pleut.  

 

Alors nous nous promenons en ville, nous essayons de nous imprégner de l’atmosphère si particulière de cette grandes villes d’Amérique du sud. Fortaleza compte 2 millions d’habitants. C’est un spectacle continuellement renouvelé, surprenant mais tellement chaleureux.  Les gens font des efforts incroyables pour essayer de nous comprendre et de se faire comprendre. On y arrive, mais c’est dur.  Tanguy et Marine sont heureux d’être là. Ils passent la plus grande partie de leur temps autour de la piscine de l’hôtel (fermée pendant 3 jours pour cause de pollution !). C’est la fête. Nous leur avons laissé le choix de leurs occupations pour ce court séjour. Ils ont préféré les copains aux ballades en ville, normal après plus de 4000 miles de navigation presque ininterrompu.

Nous, nous allons nous balader en ville. La marina est à deux pas du vieux centre ville de Fortaleza. Nous allons y traîner de longs moments. Nous adorons l’ambiance de ces rues surpeuplées, pleines de vie et de musique. Nous ne parlons pas brésilien, mais nous arrivons quand même à nous faire comprendre. Nous ne ressentons aucune crainte à nous y perdre. L’insécurité au brésil, sûrement ; tout le monde le dit et je le crois sans peine. Nous n’y avons pas été confronté durant notre court séjour ici.

Une visite au brésil ne serait pas complète sans y faire la fête. Ce n’est pas encore la période du carnaval, mais il y a à Fortaleza un lieu ou il faut absolument se rendre : Le Pirate  - www.pirata.com.br - Ouvert seulement le lundi soir, c’est dément. Entre 3000 et 6000 personnes dansent, font la fête dans une ambiance folle et très cool, il y a même des enfants en début de soirée. Nous terminerons la nuit autour d’une soupe, à la terrasse d’un petit bar. Le jour se lève, il y a des brésiliens avec nous, nous parlons foot…. Entre autre.

A propos, nous sommes allés voir un match de foot au stade de Fortaleza. On ne parlera pas des équipes… Fortaleza joue en Deuxième division. Mais l’ambiance !!!! Le grand stade de la ville est en réfection, et nous avons donc suivi la rencontre dans un (très) vieux stade. 10 000 spectateurs environ, et une ambiance  comme s’ils étaient 50 000.  Les rangs des spectateurs sont inlassablement parcourus par des vendeurs ambulants qui proposent jus de fruit, bière et même rhum…. Avec la température qui règne au soleil, c’est détonnant. Pourtant tout le monde reste sage. Il faut dire que Fortaleza mène 1 à 0 en première mi-temps. A la fin du match, nous apprendrons un mot nouveau en brésilien : « bouro », je l’écris en phonétique, et ça veut dire imbécile. Normal quand on se fait rejoindre au score en marquant contre son camp…. Pas contents les supporters. J’avais déjà assisté à un match de foot à Paris au parc des princes. C’était PSG contre Rennes. Je me suis senti plus en sécurité en quittant le stade de Fortaleza qui venait de perdre, que le Parc des Princes ou le PSG venait de gagner. Simple observation.  

Ce séjour au Brésil est comme une bande annonce. Nous y reviendrons, mais avec quelques notions de Portugais. C’est trop pénible de ne pas pouvoir communiquer.