Guyane Française

Récit de voyage

   

 

CARNET DE ROUTE NAVIGATION

LES PHOTOS

Vendredi 1er février 2002.

Départ pour Cayenne. Oui, oui, vous avez bien lu : nous sommes partis un vendredi ! Nous devions quitter Fortaleza la veille en compagnie du Rebelle, mais les enfants avaient programmé une journée dans un aqua-parc et donc….  Plus jamais ! Ce n’est pas qu’à bord de Mérovée nous soyons superstitieux,  non ! Simplement, nous aimons respecter certaines traditions. Concernant l’animal aux grandes oreilles, nous avons été obligé d’adapter les règles à l’age de l’équipage. Marine avait 18 mois et Tanguy 3 ans et demi lorsque nous sommes partis. Le nom de l’animal, sa représentation graphique ou matérielle a donc été acceptée à bord ; mais en aucun cas sous sa forme comestible. Ce qui nous valu un jour de déjeuner assis sur le quai car on nous avait offert un délicieux civet de lapin !

Mais revenons au vendredi, autre tradition que nous respectons à bord. Ainsi donc, je me contentais ce jour là, pour minimiser la chose, de n’écrire que « 1er février » sur le livre de bord. Ca n’a pas marché.

Pour commencer, nous avons passé notre première nuit de mer avec un grain, que dis-je, un SAC de grain d’une rare violence. De 10 heures du soir au petit matin, nous sommes restés sous trinquette seule en continuant à plus de 6 nœuds ! Le lendemain : Nicole se renverse une casserole d’eau bouillante sur le pied, la première fois depuis notre départ ! Et pour terminer le GPS nous a fait son bug, là aussi pour la première fois ! Comble de l’horreur, lorsque tout fut réinitialisé, et que je vérifiais la distance qu’il restait pour rejoindre le prochain Way-Point, je lisais 666 miles ! (Le chiffre du diable paraît-il)

Quelques jours plus tard, nous franchissons l’équateur. La, nous n’avons pas mégoté ! Champagne, un verre pour Neptune lancé dans l’eau, un autre pour Eole lancé dans les voiles et le dernier pour Mérovée versé sur le pont. Nous, nous avons fini la bouteille ! Et bien après ça, le sort a été conjuré et nous avons continué la route sans problème. Mille miles en 6 jours ; décidément depuis l’Afrique du Sud, nous ne savons plus aller doucement.

 

Nous arrivons au petit matin à Cayenne. Première surprise, ici il faut oublier l’eau claire. Tout ici est marron. Nous condamnons quand même la pompe à eau de mer de l’évier. Pour les toilettes… ça restera marron…

Ce n’est pas important. Nous allons vivre à 2000 à l’heure. Il y a longtemps que Yamilé et Lionel nous parlaient de la Guyane, de ses fêtes, de son carnaval, de sa forêt… de son rhum… Nous avons tout fait, tout vu et beaucoup bu.

Dès le lendemain de notre arrivée, direction le carnaval et surtout les soirées  « Touloulou » . C’est une vieille coutume qui date de l’esclavage. A cette époque les femmes esclaves et toutes les autres  se déguisaient et une fois par an, le jour du carnaval pouvaient danser avec qui elles voulaient, maîtres, ouvriers, politiciens ou esclaves. Les hommes ne pouvaient pas refuser, et bien sur devaient attendre d’être invité pour pouvoir danser. Et cette tradition continue en Guyane et seulement ici.

Nous étions donc invités à une soirée Touloulou. Nicole a quitté le bord vers 10h du soir avec Yamilé pour aller se déguiser. Avec Lionel nous avons attendu minuit pour aller sur les lieux de la fête…Plus de 1000 personnes dans la salle et autour. A chacune des entrées on aurait pu gonfler une mongolfière avec l’air chaud qui s’en échappait. A l’intérieur, des mecs et des grandes poupées de toutes les couleurs (Les Touloulous), impossible de savoir qui est qui. Le costume est parfait et couvre tout le corps, bas, gants, cagoule et masque… Blanche, noire, créole ou même paraît-il « masculin » impossible de savoir. Elles choisissent leur cavalier, et celui-ci doit alors se plier à toutes leurs volontés ! Danse, boissons etc…( enfin non : normalement pas etc.) Il y a deux catégories principales de Touloulou, celles qui vont faire danser des connaissances, des collègues de travail, des voisins, les hommes de leurs copines, bref s’amuser. D’autres sont là pour seulement (bien) danser, et là aussi il y a de quoi faire. Tout ça pour vous dire que je ne rentrai dans aucune catégorie, alors j’ai fait tapisserie… Yamilé, Nicole et leurs amies sont arrivées longtemps après nous,  trop tard ! J’avais déjà émigré vers le bar ou une bouteille d’excellent rhum guyanais déguisé en bouteille d’eau me tendait les bras. Je n’ai jamais vu ou plutôt reconnu ni Nicole ni Yamilé…

Le lendemain, après avoir assisté au défilé du carnaval dans les rues de Cayenne, nouvelle nuit de danse, mais sans déguisement. Yamilé et Nicole se sont relayées pour me faire danser. Elles m’ont épuisé, c’était le bonheur !

            Jeudi 14 février, nous quittons Cayenne pour Kourou. Petite journée de voile pour couvrir les 45 miles qui séparent ces deux villes. Nous embarquons des passagers. D’abord Lionel qui a souhaité faire un bout de route sur Mérovée. Parti de Guyane il y a 5 ans avec Yamilé et Hélène, ils viennent de boucler un joli tour du monde. Il trouve encore le courage pour faire un p’tit bout avec nous. S’imagine t’il  le bonheur qu’il nous a procuré par ce simple geste ? Hélène, la grande copine de Marine est du voyage.  Yamilé se sacrifie pour remonter la voiture sur Kourou. Nous les remmènerons à Cayenne dans la nuit.

Également à bord, Chantal et son fils Melvin, Jeannot son mari et Boris leur autre fils sont restés à Kourou. Leur hospitalité, leur gentillesse, leur disponibilité est sans limite. Nous les avons littéralement envahis. Chantal et Jeannot faisaient du parachutisme avec moi en Bretagne en 1968, faites le calcul…. En 1989, lors de notre passage en Martinique, ils avaient déjà été formidable avec nous. Heureusement pour eux que nous ne nous voyons que tous les 10 ans ! Je pense qu’ils finiraient par se lasser. Grâce à eux nous avions douche, machine à laver, téléphone, Internet et voiture à disposition, rien que ça ! La vie de château quoi !

Autre rencontre à Kourou, Éric d'Albatros. Première rencontre en 92 aux Galapagos. Depuis il a "fait" le Cap Horn, en direct au départ des Australes. Quelques courriers à l'époque puis plus de nouvelles. Quelle joie de le retrouver là, marié, heureux.

A peine arrivé, déjà reparti. C’est avec toute la famille de Chantal et Jeannot que nous allons passer le week-end aux îles du Salut. Ballade sur les îles, farniente et bain dans une eau un peu moins marron… Nous avons visité les ruines du bagne. Leur restauration est en cours sous l’égide du Centre Spatial Guyanais.

Le lundi, nos « tours opérateurs » nous ont programmé la visite du centre spatial et de son musée. Durant toute la matinée nous sillonnerons les sites d’assemblage et d’envol des fusées Ariane 4 et Ariane 5. Le musée finira de nous instruire sur l’histoire des lancements à Kourou. Ce fut notre matinée culturelle….

Viens enfin le grand moment de ce  séjour : la ballade en forêt, et pas n’importe comment.  Yamilé a  longtemps vécu chez son Grand-père sur le fleuve à une quarantaine de kilomètres de Cayenne. Nous nous rendrons en voiture jusqu’à Cacao, pour ensuite mettre notre annexe à l’eau et rejoindre le carbet de Samani, le grand-père de Yamilé. Nous sommes 8 à bord, plus tout le matériel et la nourriture pour un séjour de 4 jours.

Nous serons accueilli comme des princes par ce vieux monsieur de 90 ans qui a passé presque toute sa vie en forêt.  Nous aurons la chance de déguster un cochon bois (sanglier de la forêt) cuisiné par ses soins, un régal. Durant ses 4 jours se succéderont ballades sur le fleuve avec notre annexe ou dans la forêt machette en main. Le soir, grandes discussions autour d’un ti’punch ou parties de domino interminables avec Samani.

Le soir nous allons nous coucher dans nos hamacs suspendus sous le carbet, à l’abri de la pluie. Il pleut beaucoup en cette saison dans la forêt guyanaise. Ce n’est pas vert et luxuriant pour rien, en tout cas c’est un plus à l’ambiance « forêt tropicale ».  Un peu comme le crachin en Bretagne…..

De retour à Kourou, nous enchaînons le soir même par l’anniversaire de Marine, suivie à 4 heures du matin par le décollage du vol 148 d’Ariane 4. Le lendemain, un peu vaseux, nous préparons le bateau pour le départ vers les Antilles. Lionel et Yamilé ont passé la nuit à bord, ils reprennent la voiture pour rentrer à Cayenne. Nous les quittons le cœur gros, 8000 miles bord à bord, ça forge l’amitié…..

Dimanche 24 février, 11 heures, nous quittons Kourou. 800 miles nous séparent des Antilles..