De NOUMÉA à LA RÉUNION Mai 95 / Juin 96

Nicole, Jean-Michel, Tanguy et Marine. 

 

NOUVELLE CALEDONIE

Janvier 1995. Nous venons de franchir le deuxième anniversaire de notre présence sur le caillou, c'est le surnom de la Nouvelle-Calédonie. L'escale a été longue car il fallait bien se résoudre à travailler pour renflouer la caisse de bord. Nicole a pris la direction de l’hôpital où elle a trouvé un poste sans gros problème, et moi, j'ai successivement monté une boite de construction de bungalows, travaillé dans une serrurerie et réorganisé un club de parachutisme sportif.

Nous avons terminé ce séjour dans un mouillage idyllique, près de la commune de LA FOA, située à environ 100 kilomètres au nord de Nouméa. Des projets pour une année nous avaient attirés là, mais eux aussi ont tourné courts.

Nous sommes isolés dans une petite baie, protégée de l'océan par de larges platiers. Le vent peut souffler, même fort, sans grands risques. Peut-être avec un cyclone... mais en tout cas sans houle ou fort clapot ce qui est le principal. Le village est à environ 20 km de là dont 10 km de piste quelque peu chaotique; en fait, les deux tiers de cette piste sont de la tôle ondulée, et j'ai pu vérifier que la théorie des 80 km/h est bonne. Cela supprime presque toutes les vibrations.

Le village est constitué d'un bourg d'environ 1000 habitants et de 3 ou 4 tribus mélanésiennes aux alentours. L'entente Caldoche / mélanésien / Zoreilles est limite et il ne faudrait sans doute pas trop creuser. 1998 et le référendum sera un test important pour l'avenir des gens qui peuplent ce territoire. Les politiques et les grosses (très grosses) fortunes s'en tireront toujours, mais les autres... Un bon copain Kanak me disait, que quoi qu'il se passe, mieux vaudrait être loin à cette époque. Il y a dans les deux camps des excités qui n'attendent qu'un prétexte pour se foutre sur la gueule, même si les chefs se serrent la main.

 

Tanguy a maintenant 9 ans 1/2 et Marine 7. Ils sont ravis de cette nouvelle expérience en brousse. La vie sur le bateau ne leur pose aucun problème, bien au contraire. Les bains sont nombreux, matin et, soir avant et après l'école. Ils vont à l'école au village. Petite école de campagne, avec plus de 80% de mélanésiens, mais surtout des instituteurs beaucoup plus cool qu'à Nouméa. Le niveau scolaire est faible. Il ne faut pas oublier que la plupart des enfants mélanésiens découvrent la langue française en allant à l'école, et parlent toujours Kanak chez eux et bien sûr ne sont pas ou peu suivi par leurs parents. Pourtant, certains y arrivent. Le premier docteur mélanésien vient de rentrer au Pays, à Lifou très exactement, après avoir fait sa médecine à Lille. Les grosses têtes zoreilles peuvent dormir tranquille.

 

Nicole travaille au dispensaire de La Foa. Par rapport au travail de l'hôpital, c'est plus de la présence qu'autre chose, mais le contact avec les gens du pays est plus chaleureux, et les interventions médicales sont très différentes de ce qui se passe dans un hôpital. C'est en fait un mini-hôpital où tout ou presque peut être fait. Accouchements, radios, sutures, plâtres, soins divers et variés, sur le plan de l'expérience c'est super. En tout cas, elle était selon ce point de vue ravie.

Nous quittons La Foa le 23 avril, pour rejoindre Nouméa et la marina de port Moselle.

Nous sommes en pleine effervescence pré-départ. C'est un moment génial, lorsque l'on rêve devant les cartes, que l'on fait les premiers pronostics de météo, et tout ce qui précède un grand voyage sans grandes étapes. Nous avons cependant deux questions actuellement sans réponse : d'abord le paludisme et ensuite les pirates. Pour le paludisme, le problème est de se protéger des moustiques pendant un an, et de se prémunir des infections avec des produits style nivaquine. Il faudra faire attention aux risques d'intoxication avec ces médicaments, et penser également que s'ils sont pris en préventif, ils ne sont plus efficaces en curatif... Pour les pirates, nettement moins dangereux que le paludisme, je crois qu'il faut faire la part des choses et, sans pour autant être inconscient, relativiser leur présence. Ceux qui en parlent beaucoup doivent bien "égayer" leurs articles pour les rendre plus attractifs. Bref, on verra bien.

Côté équipement, pas de changement, si ce n'est après six ans quelques remplacements tel qu'un petit groupe électrogène tout neuf, un 600 watts Yamaha très silencieux. Egalement un nouveau panneau solaire, un BP Solar dernière génération, qui débite plus de 5 ampères. Je commence à prévoir la fin de mon éolienne qui vibre de plus en plus, mais qui reste la meilleure solution en termes de rendement.

Pour les voiles, je pense qu'une décision interviendra à Singapour. Toutes ont maintenant dépassé les 15 ans, elles sont encore vaillantes, mais dans un fort coup de vent, qu'adviendrait-il ? Et puis-je rêve un peu d'une grand-voile lattée... Alors !

Pas de sortie du bateau de prévue. Le dernier carénage remonte en avril 93, deux ans et rien ou presque sous la coque. Surprenant sous les tropiques dans une eau à plus de 25°. Nous avions mélangé de la tétracycline injectable dans l'anti-fouling de cargo que nous avions récupéré aux USA. Eh bien, un simple coup de brosse en plongée sous la coque, et elle est comme neuve. Incroyable et économique.

 

Notre vie de bateau nous comble. Tant que financièrement nous tiendrons, ou que nous pourrons faire quelques sous là où nous passons, nous continuerons. Nous avons inscrit les enfants au CNED, Tanguy en CM1 et Marine en CE1. La contrainte de ces cours sera l'axe central de notre vie à bord jusqu'à notre arrivée à La Réunion. Le tourisme viendra en second, car ces cours nous demanderont beaucoup de travail. Mais c'est la condition non négociable pour la continuité de notre aventure.

DEPART

Samedi 13 mai. Ca y est, c'est le départ. Les Blondel sont sur le quai pour nous saluer avec beaucoup de gentillesse. Ils auront été des amis très fidèles pendant tout notre séjour. Un grand départ est toujours émouvant, même si ce n'est plus le premier.

Enfin, disons le départ de la marina de Port Moselle à Nouméa. Ce samedi là, il fait gris, il pleut et le vent est fort. Mais quand on est breton et têtu, on part le jour dit, et dès que c'est possible, on se met à l'abri. Donc 30 milles après le départ, en baie de Prony, Mérovée est au mouillage, à l'abri des intempéries. L'équipage a besoin de récupérer des libations de ces quelque 15 derniers jours. Nous avons pratiquement fait la fête tous les soirs. Il nous reste également quelques petites bricoles à faire et à ranger, ce que nous ferons le dimanche 14 sous un grand ciel bleu.

 

Le 15 au matin, vent d'est force 5 à 6, ciel bas et gris, pluie battante. Eh bien, on est parti quand même ! A la sortie de la baie de Prony, mer forte, pas de visibilité, bref une heure après on retourne mouiller au même endroit...

Le 16 au matin, grand ciel bleu, vent léger de sud-est, le pied ! Mais quand on n'a pas navigué depuis 2 ans 1/2, on ne reprend pas la mer comme cela. Le vent a forcé un peu. On file maintenant à 7 nœuds, sous 1 ris, avec un bon force 6 par le travers. Et nous sommes malades. Oh ! Pas beaucoup, mais juste ce qu'il faut pour n'avoir envie de rien, craindre de vomir en descendant à la table à carte ou à la cuisine ; dormir, dormir, dormir... L'avantage quand il y a du vent, c'est que ça va vite. Le 18 au matin, Efaté est en vue, belle moyenne de presque 6 nœuds. Petit intermède style "séquence frisson" quand l'axe de barre à roue casse à environ 5 milles au vent de la côte. Bonne organisation : la barre franche, correctement rangée, est en place dans la minute suivante. Nous en avions parlé avec Nicole peu de temps avant de partir, hasard ou prévoyance. Ouf !

VANUATU

Très exactement 48 heures après avoir quitté la passe de la Havannah, nous plantons l'ancre dans la zone de quarantaine de Port-Vila. Douanes, immigration, café, repos, rangements, descente à terre etc., le cycle enchanteur des arrivées à l'étranger s'effectue selon un rythme immuable et tellement agréable. C'était la magie des balades en bateau qui est retrouvée. Génial !

Port-Vila est une petite capitale sympa, d'un jeune état indépendant et manifestement heureux de l'être. Les gens sont cool, décontractés pas très riches sûrement, mais libres et respectés, et cela se sent. Surtout quand on arrive de Nouméa. Excusez ce discours quelque peu engagé, mais la différence est tellement criante! Il suffit de faire un tour au marché pour s'en rendre compte. Depuis Suva au Fidji, nous n'avions plus connu de vrai marché tropical.

Nous allons maintenant remonter doucement le long des îles du Vanuatu, Emaé, Epi, Malekula, Ambrym et enfin Espiritu-Santo avant de continuer notre route vers les Salomons. Entre temps, il nous faut attendre la réparation de la pièce cassée de la barre à roue, la livraison de notre nouveau radeau de survie qui doit arriver de Londres ces jours ci, faire le plein d'eau. La vie normale quoi !

En attendant, l'école se poursuit à bord sans problème. Les enfants sont ravis et progressent bien. Tanguy arrive à travailler de plus en plus tout seul, Marine a plus de mal et réclame beaucoup plus notre présence. Elle ne veut pas laisser la part belle à son frangin.

 

 

 Nous allons faire de petits tours en ville et aux environs, mais ce n'est pas l'île la plus belle. Attendons les suivantes ; ça devrait être super. En tout cas, le rythme vacances-tourisme-croisière est repris, et sans problème. La Nouvelle-Calédonie est loin maintenant dans nos esprits. La comparaison est tellement facile et défavorable quand on regarde le Vanuatu (indépendant). Pas de quoi être fier des caldoches et même de beaucoup de zoreilles. Passons!!!

Le 28 mai. Après avoir récupéré ma pièce de barre à roue, aussi chère que si elle avait été faite en or massif, organisé le renvoi de mon radeau de survie vers Lunganville à Santo, nous sommes partis pour le mouillage de Havanah Harbour 30 milles environ au nord de Port-Vila, en remontant simplement la côte sous le vent. Cinq heures plus tard nous sommes au mouillage, seuls face à une forêt luxuriante, dans une petite anse hyper calme et sous un soleil de plomb.

C'est en fait un petit canal entre une île : Moso Island et la grande terre. Sur Moso il y a un village d'environ 200 personnes, dont la plupart traverse tous les jours ce canal pour aller travailler dans son jardin, qui se trouve sur la grande terre.

 

Nous sympathisons avec Philippe, qui est le passeur attitré du village. Il nous fait visiter les jardins, et nous repartons avec des papayes, du chou chinois et des Yams, sortes de patates douces. Une pirogue, à la fin de la journée s'arrête pour nous donner un régime de bananes. L'après-midi, j'essaye, mais sans succès, de faire un petit coup de pêche en plongée. Trop de fond, et vers la rive, l'eau n'est pas assez claire. Ce n'est pas grave, nous avons encore des conserves de viande.

Le lendemain, nous allons visiter le village. Construit il y a seulement 2 ans à la suite d'une scission entre 2 hommes voulant la chefferie, Tasikiri Village s'étend sur le bord du canal, sur la côte Est de Moso Island. Fait de cabanes en tôle, chacune étant séparée des autres par un petit jardin clôturé de fleurs et d'arbustes, c'est un mélange de vie traditionnelle communautaire et d'urbanisme très occidental. Il y a le téléphone qui fonctionne avec des panneaux solaires. Beaucoup de cultures maraîchères, le village est très propre et les habitants semblent  très heureux. Vila n'est qu'à 1 heure par la route, ce n'est donc pas le bout du monde...

 

Mai. Départ à 6 heures 30 pour la petite île d'Emaé à 40 milles plus au Nord. Emaé fait 10 Km sur 4 Km. Il y a environ 1000 habitants dont certains parlent français et d'autres anglais. Tous parlent bichelamar. Nous restons 2 jours au mouillage. Balades sur l’île, d'une côte à l'autre, rencontres fortuites, faites de petits échanges : une papaye contre un livre en Français pour les enfants, et même un morceau de Lap-Lap contre rien, juste pour le plaisir.

Le mouillage est très venté, car nous sommes juste dans le "venturi" entre deux petites montagnes, et aussi pas mal rouleur. Tant mieux : ça accélère notre amarinage, et n'empêche pas de faire l'école. Les gamins ne rechignent pas trop pour travailler et sont bien conscients d'avoir une vie un peu privilégiée.

3 Juin, nous filons au vent arrière sur Epi. 33 milles et c'est le calme du nouveau mouillage. Pendant que je prépare l'annexe, Nicole fait un bout d'école aux gamins (Quel régime!). A terre nous découvrons un village assez important. Nous sommes samedi, tous les habitants sont dehors. Repas en commun, match de volley-ball, de football, groupes discutant sous de grands arbres au bord de la baie. Nous ressentons une grande sérénité à nous promener dans ce village qui semble un peu hors du temps. Quel calme! Cette île est à dominante culturelle anglaise. Cela se sent dans le "décor", et aussi pour les conversations. Anglais plus bichelamar, on patine un peu.

La météo étant toujours aussi décevante, ciel gris, bas, beaucoup de vent, nous décidons de filer sur Maleluka, au sud, dans le Maskeline. C'est un ensemble de petites îles rocheuses, très belles, déchiquetées par les vents dominants du sud-est. Le problème, c'est que c'est aussi par-là que nous arrivons. Le vent souffle un bon 20/25 nœuds, la mer lève à l'approche de la côte, et pour couronner le tout, la barre a repris plus de 30° de jeu... Enfin, le cœur battant, nous pénétrons entre les îles. Nous allons mouiller entre deux d'entre elles, à l'abri de la houle du large. Repos, école, balades sur la plage sans trop rentrer dans les mangroves à cause des moustiques.

C'est aussi le moment de contrôler la barre à roue. La goupille qui assure le maintien de l'axe a encore cassé. Il faut dire que le travail, une fois de plus, a été mal fait. J'imagine la barre re-cassant lorsque nous entrions dans les Maskelines... Brrrrr! Au boulot! Deux heures après, c'est remonté. Mais la confiance est émoussée. Ce n'est qu'une réparation de fortune. Nous espérons simplement que cela tiendra jusqu'à Darwin.

Le temps est toujours maussade. Le fax météo nous en donne l'explication : un très fort anticyclone à plus de 1032 Hpa, centré sur l'Australie, nous compresse des isobares contre la zone intertropicale de convergence... (technique hein !) En gros, ça veut dire qu'il ne fait pas beau.

Allez, on lève l'ancre, direction à 14 milles de là. C'est un trou à cyclones, avec plusieurs villages de culture française. Un après-midi enfin ensoleillé nous permet de faire une très chouette balade à terre. Les habitants nous accueillent très gentiment. Nous faisons le plein de victuailles. Contre une petite chemise de Tanguy, et 500 Vatus (25,00 FF), nous revenons avec 1Kg de bœuf, 2 pains, 25 mandarines, 6 pamplemousses, 4 cocos, 6 christophines, 6 fruits de cacao, 1 concombre, 3 fruits à pain et 2 ignames de 2 Kg . Nous voilà à l'abri de la famine! En fait, depuis que nous sommes au Vanuatu, nous avons retrouvé le plaisir de la nourriture locale. Nous avons également acheté un petit cochon de lait pour 1000 Vatus. Rentrés au bateau, j'ai débité la bête, et Nicole l'a mise au frigo. Prévu au programme : ribs au BBQ et cochon de lait au curry et à la noix de coco. Tout cela accompagné d'igname, de fruit à pain et... d'un bon Bordeaux.

En attendant, nous avons repris la route pour nous rendre à Ambrym. C'est une île volcanique dont le plus haut sommet culmine à plus de 1400 mètres. Certains cratères sont encore en activité. Dernièrement, ils ont même inquiété des chercheurs de l'orstom. Il ne s'est rien passé ! Nous sommes mouillés à une centaine de mètres de la plage, nous voyons quelques fumées, la côte est magnifique, très boisée. La plage est de sable noir, comme il se doit sur une île volcanique.

Nous quittons le bateau à 8 heures. Tennis aux pieds, sacs à dos remplis de victuailles diverses et d'eau potable : c'est parti pour la grande aventure! Nous allons au volcan. Pour cela, nous avons besoin d'un guide. Nous le trouvons dans le village voisin. La coutume, mais aussi le bon sens réclame que nous soyons accompagnés pour cette promenade... En fait de promenade, c'est une véritable expédition que nous allons faire. Nous montons, certes en pente douce, mais quand même, sur plus de 10 Km dans une forêt tropicale étonnamment dense, que nous pouvons qualifier de jungle. Ensuite, sur environ 5 Km, nous remontons une rivière de lave qui nous amène au pied du volcan en activité. Malheureusement, le rythme lent de notre marche avec les enfants ainsi que notre départ un peu tardif ont fait que nous ne pouvons pas le grimper, à la grande déception de Nicole et de Tanguy. Marine ne veut plus avancer, vaincue d'avance par la dernière pente à gravir. Après un rapide casse-croûte, nous entamons le retour vers notre point de départ. Nous sommes au village vers 16 heures, et au bateau à 17 heures. Bilan: presque 9 heures de marche, 35 à 40 kilomètres ; les parents sur les rotules, courbatus comme ce n'est pas possible, des ampoules aux pieds etc., etc., et les enfants... en pleine forme, ou presque. En tout cas, pas dans l'état où nous supposions les ramener après une telle balade.

Le lendemain, nous votons tous pour une journée de farniente au bateau. Enfin presque, car on finit le 1er trimestre du CNED avec les enfants, et on fait quelques petites bricoles à bord.

11 Juin, 19 heures 50, nous quittons Ambrym pour Luganville. 65 milles que nous ferons de nuit. C'est la meilleure solution lorsque la distance à parcourir ne peut être faite avec certitude en une journée, et en plus les enfants dormiront. Il est 11 heures ce 12 juin lorsque  nous prenons le mouillage du yacht club de Luganville dans la baie de Palikula. La ville est à 10 Km d'ici, nous nous y rendons en stop.

Ce premier trajet est plutôt laborieux. En fait de 10 Km, nous en ferons plus de 15 dont la moitié à pied ! Donc demain, on file mouiller devant la ville. Ce mouillage est donné comme étant agité, mais,  en ce moment, la météo est vraiment clémente. J'en profite une fois de plus pour démonter ma barre à roue et faire une soudure de renfort. J'avais encore du jeu, et comme la prochaine étape est de 600 milles, je préfère assurer. Nous avons eu des nouvelles de notre radeau de survie : il est parti d'Auckland, par cargo le 6 juin (ce n'est pas le débarquement, mais seulement l'embarquement); bref, nous sommes coincés ici pour encore au moins 5 à 6 jours. Nous en profitons pour aller mouiller dans une petite baie sympa un peu plus au Nord : Peterson Bay. Coincée entre trois petites îles et la côte, bordée en alternance de mangroves et de plages de sable blanc, nous sommes dans un petit paradis de calme et de beauté. Cela nous fait complètement oublier les problèmes du radeau de survie. C'est bizarre, nous avons encore du mal à nous détacher du calendrier. Enfin, ça va venir, du moins je l'espère car le radeau n'arrive que le 22 juin à Luganville. Le départ aura donc lieu le 24, puisque le 23 est un vendredi... Heureusement que le mouillage où nous sommes est somptueux, que l'école occupe toutes les matinées, et que les petits tours à la source d'eau douce, le "Blue Hole", que nous trouvons en remontant une rivière sur environ 2 milles remplissent bien nos journées. Nicole en a profité pour repeindre entièrement notre cabine arrière. Nous faisons connaissance avec un couple Néo-Z, et la bière coule à flots...Hips!

Ensuite, derniers achats, courriers, téléphone et notre séjour au Vanuatu est terminé.

Nous partons de Peterson Bay au Vanuatu le 24 juin, dans l'après-midi. Le vent est bon, force 3 environ, et soufflant du sud-est, ce qui est parfait. Oui, mais : vers 18 heures, nous restons encalminés à 10 milles au nord de Santo. Plus un souffle de vent et la mer d'huile. Après avoir roulé le génois et pris un ris dans la grand voile bordée plat pour diminuer les claquements dûs au roulis, nous dormons, bercés par une petite houle résiduelle. Au matin, nous n'avons pas bougé ! Les cartes météos reçues de Darwin confirme une situation identique pour au moins encore 48 heures. Nous prenons alors la décision d'aller mouiller à Port-Olry, petite baie sympa au nord de Santo, et distante seulement de quelques milles. Moteur, et en route! Au bout d'une demi-heure environ, première baisse de régime. Tiens??? Puis quelques minutes après, nouvelle alerte. Tiens, tiens??? Explication : oh, nous avions bien préparé le bateau avant de partir. Tout était paré, et même mieux! Seule chose oubliée : le plein de gas-oil, ou plutôt, le calcul de consommation. Pendant notre séjour à la Foa, nous avions "fait" beaucoup d'électricité avec le moteur. Résultat, une fois contrôlé le niveau de carburant, il nous reste 35 litres... d'où les débuts de désamorçage! Heureusement, au petit village de Port-Olry, j'en achète 80 litres. Le 26, Nicole en profite pour faire un brin d'école aux enfants. La carte météo reçue ce jour là nous donne enfin du vent pour les jours à venir.

SALOMONS

27 Juin, 8 heures du matin, en route pour les Iles Salomons. Cette traversée est très paisible. 550 milles devant nous, un vent plein de l'arrière de 15 à 20 nœuds, voiles en ciseau : le pied! Souvent, à la tombée de la nuit, des petits grains locaux nous obligent à la manœuvre, empennage, réduction, mais la nuit venue, le vent retombe et nous poursuivons notre route sans problème. Enfin presque, car, bien sûr, nous aurons une petite aventure avec le pilote électrique. La bague en plastique qui sert à l’entraînement de la barre à roue casse. L'outillage sort de son trou : groupe électrogène, perceuse, vis, fil de fer, bref, deux heures après ça marche. Tant mieux, car barrer nous effraie complètement tant le pilote électrique fait bien son boulot. On pense d'ailleurs à acheter un deuxième pilote au cas où...

Le rythme des traversées revient tout doucement, aussi bien pour nous que pour les enfants. La mer est belle, le vent léger, le temps idéal, sous un soleil éclatant et une température "trop picale"...

Les prévisions d'arrivée nous amènent à rentrer à Honiara de nuit, ce que je préfère éviter au maximum. Nous choisissons de mouiller dans un petit îlot au large, Rua-Suka, à environ 40 milles du port d'entrée, nous serions arrivés en over-time un dimanche, avec vraisemblablement des taxes supplémentaires. 527 milles en 4 jours et 7 heures, soit 5,10 nœuds de moyenne, ça va.

 

Après avoir rangé et nettoyé le bateau, nous fêtons ce retour à la "Grande Navigation" avec une bouteille de Bergerac et des petits toasts au pâté. Super! Deux habitants de l'île viennent en pirogue nous souhaiter la bienvenue avec trois noix de coco à boire. Comme ils ne parlent ni anglais, ni français, l'échange est très sommaire. Le lendemain, grand soleil et fort alizé, nous glandons. Hormis un peu d'école, nous faisons la sieste, ensuite chasse sous-marine, malheureusement sans succès. La nuit suivante est très ventée. Le lendemain, 3 juillet, nous filons sur Honiara avec une super météo et le courant avec nous. En 7 heures nous arrivons devant le port. Un mouchoir de poche ouvert à la houle du large, avec en prime l'obligation pour un minimum de confort de mouiller en tête et de se reprendre sur 2 aussières aux breakers derrière nous. Cela avec un bon vent par le travers tribord... Bonjour l"ambiance ! Enfin, après une heure de suée (sans trop de gros mots) et l'aide d'un marin d'un bateau de pêche voisin, nous sommes en place. Bon, ça roule, mais on n'y peut rien, et puis comme ça, on ne perd pas notre amarinage...

Nous effectuons les formalités de douane. C'est toujours un moment épique dans ce genre de petit pays récemment indépendant. Il y a la musique, mais sans les paroles. Ici, les douaniers ne viennent même pas à bord. Le décor y est, les coups de tampon sont somptueux, les documents nombreux et complexes et le regard du douanier soupçonneux. Mais en fait c'est un moment sympa et qui laisse souvent de bons souvenirs. Rien ne nous presse, il faut prendre le temps de palabrer, éviter de les prendre pour des clowns tout en restant décontracté. Surtout ne pas avoir l'air inquiet ou effrayé, répondre NON à tout et ne pas poser de questions. On paye les taxes (plus le pays est petit, plus c'est cher), et on s'en va en disant thank-you !

Nous découvrons ensuite Honiara. Que de monde dans les rues ! Nous sommes en pleine fête de l'Indépendance, mais quand même, ça grouille. Des embouteillages de voitures japonaises, de la poussière, du bruit. Après plus d'un mois dans les villages calmes des îlots, quel contraste! Comme partout dans le pacifique, les commerces sont tenus par les Chinois. Ils ont tous les mêmes produits et pratiquement au même prix. Surprise : le change est hyper avantageux, 1 dollar Solomon pour 1,44 FF. La bouffe n'est pas terrible au niveau du choix. De plus, les produits un peu occidentaux sont chers, voire hors de prix ; exemple le Chocapic pour les enfants a été vu à $67 ! Nous essayons de faire l'appro au plus juste en prévision de notre arrivée en Australie.

Cette semaine, les Solomon Islands sont en fêtes. C'est le 17ème anniversaire de l'Indépendance. Défilés, danses, musiques sont au menu des festivités, mais sans excès. Le pays est pauvre, la parade militaire a été supprimée faute de crédits. Nous assistons à un spectacle de danses traditionnelles très intéressant. C'est un mélange de culture mélanésienne avec des accents polynésiens forts, mais surtout une beaucoup plus grande richesse musicale, tant dans les sons et les instruments que dans le rythme.

Guadalcanal a été un des hauts lieux de la seconde guerre mondiale entre Américains et Japonais. C'est un des arguments de l'office du tourisme. En fait beaucoup de vestiges sont le long des côtes par 40 à 60 mètres de fond... Avions, tanks et navires de toutes sortes.

Samedi 8, nous quittons le "quai" pour le New-Gorgia. Nous allons d'abord faire de l'essence. Il est temps, car notre réservoir est vide. En plus, avec le change très intéressant, le litre de gas-oil est à 1,54 FF !! Faut pas rater ça! Comme souvent, le quai est fait pour les gros, et même très gros bateaux. Heureusement, les gens sont gentils et nous aident à la manœuvre. 600 litres plus tard, nous mettons le cap sur PEAVA située sur la côte est de l'île de VANGUNU. 120 milles nous en séparent, il est midi : nous devrions arriver demain matin. Route sans problème, moitié voile et moitié moteur, car le vent nous laisse tomber dans le milieu de la nuit.

A l'approche du village, ses habitants nous rejoignent avec leurs canoës et nous guident au travers de la passe. Au milieu de ce tout petit lagon, nous prenons un mouillage laissé là par la marine australienne, tant mieux, car il y a plus de 20 mètres de fond. Un comité d'accueil d'une vingtaine de gosses fait la fête à Tanguy et Marine. Pendant tout l'après-midi, ils jouent tous ensemble dans l'eau avec les pirogues.

 

A terre, nous sommes accueillis par le chef qui tient à nous faire visiter son village et nous expliquer ses projets pour développer un peu le tourisme. Nous entamons alors les échanges pour acquérir des carvings. C'est la grande richesse de ses îles. Ce sont des travaux d'artisanat effectués avec des bois locaux, et incrustés de nacre taillée dans des coquillages. Statues traditionnelles, plats, poissons, tableaux complexes représentant l'esprit des Salomons, c'est à dire les habitants de la mer qui viennent chercher les humains dans leur pirogue. Le problème du chef est que son village n'est pas connu. Il n'apparaît pas sur les cartes, et sans un "tuyau" venu d'un autre bateau, nous ne nous y serions pas arrêtés. Beaucoup de bateaux passent devant sans même voir le village. Alors je lui fabrique un plan précis du lagon avec la position GPS de son entrée. Il pourra s'en servir pour informer les bateaux qui passent par Honiara.

Le 11 juillet, nous quittons Peava pour rentrer dans MOROVO LAGOON. Nous franchissons la passe de M'BILI et arrivons dans un de ces lieux magiques où le spectacle qui s'offre à nos yeux représente exactement ce qui peuple les rêves de tout voyageur sous les tropiques. Une mer d'un bleu profond parsemée de dizaines de petits îlots à la végétation luxuriante. Un va et vient incessant de canoës et de pirogues à moteur donne vie à tout cela. Partout nous apercevons des villages au bord de l'eau. Les habitations sont en général sur pilotis, fabriquées en bois et en feuilles de cocotier tressées. Notre premier mouillage sera à MBATUMA. Nous y rencontrons Peter et sa femme Judith. Il est professeur dans l'école d'artisanat et lui-même excellent sculpteur. Nous passons plusieurs heures avec eux, à discuter et mieux comprendre ce pays et surtout le lagon où nous nous trouvons. J'enregistre un message vidéo que je dois transmettre à son père et à son frère sur une île un peu plus loin.

Nos navigations dans le lagon se font au moteur, sans un souffle de vent, sous un grand et chaud soleil. Il fait souvent plus de 30° dans le bateau. Et toutes les occasions sont bonnes pour sauter dans l'eau et se rafraîchir. Il faut cependant faire attention car il peut y avoir des crocodiles et des requins. Les seuls que nous voyons sont ceux qui sont capturés par les gens du coin.

Après un arrêt dans un site de rêve, parmi des petits îlots isolés, nous faisons route sur l'île de MBAREHO. Plus facile à dire qu'à faire. Celle-ci est perdue au fond d'une baie et est entourée d'une multitude d’îlots tous semblables et de nombreux récifs immergés. Je dois monter dans les barres de flèche pour trouver le passage. A un demi-mile du village, une pirogue nous guide au travers des dernières patates de corail. Nous mouillons devant le village. Nous sommes le premier bateau de l'année... Accueil génial. Nous allons passer là trois jours très sympas. Tanguy et Marine passent leur temps dans l'eau avec les gamins du village. Il y en a toujours au moins une vingtaine autour du bateau. Ils sont là avec leurs petites pirogues, et ont appris aux deux petits blancs à pagayer, à vider une pirogue retournée et à remonter dedans sans couler. Que d'heures de plaisirs!!! Nous, nous avons continué nos échanges pour des carvings, prenant plus de plaisir à discuter qu'à faire des affaires. Le dernier soir, nous descendons au village avec télé et magnétoscope et nous faisons un "Vidéo-Show" pour tout le village. Succès assuré.

Lundi 17, départ pour Rendova à 45 Milles. Le matin, pas de vent : alors  c'est au moteur que nous heurtons à 6 nœuds notre première "patate" salomonaise. Brrrr!! Plus de peur que de mal. Un coup de marche arrière et c'est reparti, ce coup-ci, je remonte dans les barres de flèche jusqu'à la passe. Ensuite, le vent se lève, et vers 16 heures, nous mouillons devant Rendova Harbour. Juste une soirée et une nuit de repos, et direction Ghizo, dernière étape de notre périple aux Salomons.

Pas grand chose à dire sur Ghizo. Capitale de la Western Province, 3000 habitants et quelques touristes surtout là pour la plongée sous-marine. Nous effectuons quelques achats pour compléter l'appro jusqu'à Darwin, les formalités de douanes et d'immigration. Et ensuite, départ pour l'Australie. Enfin j'espère ! Avec le cirque de la reprise des essais de "l'arme Atomique" on risque peut-être des complications. Faut dire qu'ici, dans le Pacifique, on passe vraiment pour des cons. Pourquoi il ne la fait pas péter en Corrèze sa bombe ? Puisque c'est sans risque ! Bon, j'arrête car j'ai vraiment les boules. 1800 milles nous séparent de Darwin, via les Louisiades à l'est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, du célèbre Détroit de Torrès qui sépare le Pacifique de l'Océan Indien et où d'énormes courants de marée rendent la navigation bien délicate. On verra bien !

22 Juillet, 9 heures du matin, nous levons l'ancre. Le ciel est au grand bleu et le vent est léger. Nous parcourons les premiers milles au moteur ; ça tombe bien car j'ai besoin d'électricité. Vers midi, le vent est là, entre le bon plein et le travers, force 3 environ. A 2 heures, on prend le premier ris et le temps se couvre. A 4 heures, 2 ris, grains violents. Et ça va durer pendant toute la descente jusqu'en Papouasie-Nouvelle -Guinée soit 300 milles et toujours vent de travers. Là, nous nous apercevons que le mal de mer est toujours présent. Ce ne sont pas les petites étapes aux Salomons qui nous ont amarinés. 48 heures plus tard, au petit matin nous arrivons en vue de Jomar, passage situé au sud-est de la Papouasie Nouvelle Guinée. Cela nous permet de couper un peu la route pour Torrès. Beaucoup de courants et des phares ou bouées de signalisation absents rendent ce passage un peu délicat. Heureusement, la météo est clémente ce jour là, il y a même du soleil, et les courants sont avec nous. Le soir même, nous sortons donc de l'archipel des Louisiades pour faire cap au 270°, au portant (Enfin !)  pour faire route sur l'entrée de Torrès en longeant la côte sud de la Papouasie.

Dans la nuit suivante, grosse mer, vent fort, pluie ou grains nous contraignent à réduire de nouveau. Nous filons 7 à 8 nœuds sous 2 ris et trinquette seulement. L'amarinage vient tout doucement. Les enfants sont cools. Nous les soupçonnons de conserver un mal de cœur pour éviter l'école...

Et ce vent là va durer, durer... Pourtant, souvent le midi nous mangeons une salade de riz au thon. Le vent aurait dû baisser ; car c'est bien connu le riz au thon en emporte le vent ! (Bon, faut toutes les dire, hein !!)

Enfin, le 28 juillet à 2 heures du matin, sous une pluie violente et 30 nœuds de vent, au radar, nous franchissons Bramble Cay. Merci au GPS! Durant cette nuit là, j'ai repensé à tout ce que j'avais lu sur cet endroit, à tous ceux qui l'ont passé au sextant et sans moteur et qui, quelquefois, y ont laissé leur bateau. Les techniques modernes ont du bon, et manifestement elles ont conquis tout le monde. Pas un, dans ce coin là ne navigue au sextant. En tout cas, nous n'en avons pas rencontré.

A partir de ce moment, la mer se calme, car nous sommes protégés par les récifs qui prolongent la Grande barrière de Corail de la côte Est de l'Australie. Juste avant la nuit, nous trouvons un petit mouillage un peu houleux derrière Poll Island. 12 heures d'arrêt pour ranger le bateau, et après une bonne douche, la nuit sera douce et reposante. Nous n'avons pas le droit de descendre à terre, mais nous n'y pensons pas non plus. Nous avons décidé de ne pas faire l'entrée en Australie à Thursday Island. Les douaniers sont, paraît-il irascibles, et les prix hors de toute proportion. Donc, le lendemain matin, après des pancakes au sirop d'érable et un bon café, sous -enfin- un grand soleil, nous partons pour franchir le passage réel du Détroit de Torrès, nous y arrivons à midi. Le vent est faible, Mérovée doit avancer en surface à 2 nœuds. Sur le fond, le GPS nous donne 10,6 Nœuds ! Plus de 8 nœuds de courant, et tout ça en croisant des cargos.... Impressionnant! A 14 heures, nous sommes dans la mer d'Arafura. Celle-ci est beaucoup plus calme que le Pacifique. Le vent souffle encore fort, le ciel est de nouveau gris, mais sans pluie. Le reste du voyage est tranquille. Les douanes nous survolent plusieurs fois afin de contrôler notre provenance et notre destination. Le 2 août nous finissons notre route au moteur dans la pétolle la plus complète.

AUSTRALIE

11 jours et 15 heures pour 1761 milles (je ne compte pas la nuit d'arrêt). C'est le record de Mérovée, surtout sur une telle distance. Enfin, ce sont aussi les hasards de la météo.

Nous arrivons anxieux compte tenu du "climat" (encore !) qui règne entre la France de Chichi (pas la nôtre) et les Pokens. Nous écoutons tous les jours radio-Australie. Pas terrible, même s'ils forcent un peu l'intox.! De toute façon, s'ils m'em...., je leur dirais que j'ai personnellement autant de rapport avec la bombe qu'eux avec l'extermination des Aborigènes. Non mais !

Premiers contact par VHF avec les douanes, RAS. Deuxième contact avec les autorités du port : super. Nous accostons à un ponton réservé aux Ferries qui traversent la baie. 20 minutes plus tard, ils sont là ; le douanier et l'officier de l'agriculture chargé de l'inspection des produits alimentaires.... A bord de Mérovée, ça balise !

Nous nous sommes inquiétés pour rien. Super sympas, les deux. Douane expédiée en 30 minutes et pour ce qui concerne la quarantaine, pas de problème. Il a juste pris les fruits frais qui nous restait, les conserves de porc, les produits laitiers entamés, notre poubelle ET C'EST TOUT ! De toute façon, vu les appros faites à Ghizo, nous n'avions pratiquement plus rien à bord. Je crois cependant que nous sommes tombés sur des mecs hyper-cool. Et bien tant mieux. Faut bien avoir de la chance de temps en temps. Nous pouvons même passer la nuit là gratuitement. Bref pas de problème ici avec la bombe de Chichi, ou tout du moins, ils ne nous en font pas porter la responsabilité.

Nous sommes donc libres de nous installer. Nous trouvons une place dans une marina de pêcheurs pour 12 dollars par jour. Voilà un problème de réglé, car avec 6 à 8 mètres de marnage, les déplacements en dinghy ne sont pas aisés, et le mouillage est souvent loin de tout. Reste les déplacements à terre. Location de voiture ou de camping-car trop chère, alors on achète une voiture! La technique mise au point pour les gens de passage par les garagistes est la suivante : on achète la voiture, et il signe une promesse de reprise à un prix convenable. La différence est payée en cash et correspond en fait à une sorte de location sans risque et sans frais pour le garagiste. Pour nous, 600 dollars australien soit 2100FF pour une Ford commerciale 6 Cylindres, dans la mesure où nous rendrons la voiture dans un état correct. Pour nous, le risque est là. Ceci dit, Darwin est une ville un peu à l'Américaine, et sans voiture il est assez difficile d'en profiter, de faire les courses et bien sûr de visiter les environs.

Le désert australien ...  c'est un vieux rêve. Nous allons pouvoir le réaliser ; nous sommes en Australie pour ça. Les préparatifs vont bon train, le problème de la voiture est réglé; cette Ford Falcon commerciale est idéale pour le tour que nous voulons effectuer. Tanguy dormira sur la banquette avant, Marine entre nous. Nous avons placé le matelas de notre couchette dans le coffre, banquette rabattue, et nous disposons d'une place bien plus grande que dans notre cabine. Des moustiquaires scotchées chaque soir aux portières habillent notre "camping-car" improvisé. Sièges de plage, glacière et petit camping gaz complètent notre équipement. Crocodile Dundee n'a qu'à bien se tenir, le désert est à nous. En route pour l'aventure! Les gamins sont électriques, c'est leur première sortie camping. Ca change du bateau!

4000 Km et 15 jours plus tard, de retour à Darwin, nous rangeons nos souvenirs. La voiture ? Géniale. Peu ou pas de problème, elle a rempli son rôle parfaitement. Le désert ? En fait, une savane assez sèche, monotone sur de longues distances rythmées par les Road Stations ou les petits villages. Le territoire du nord est peu peuplé. Darwin 70 000 habitants, Alice-spring 20 000 sont les deux plus grandes villes. Katherine vient juste après avec seulement 6000 âmes...

 

Notre meilleur souvenir : Katherine Gorge. Une rivière qui serpente au cœur de profondes gorges et que nous parcourons en canoë. Baignade dans l'eau douce, tellement propre que l'on peut la boire en nageant. Le camping, sur un site ombragé proche de la rivière, est très organisé, anglo-saxon quoi ! Le soir, les Wallabies viennent "à table" avec nous pour quémander de la nourriture. Les oiseaux picorent carrément dans les assiettes au grand plaisir des enfants. Nous y sommes restés trois jours tellement nous nous sentions bien.

Le plus mauvais (relatif) souvenir : les mouches, les moustiques et les fourmis. Plus nombreuses que les Australiens et kangourous réunis. Enfin quoi? Est-ce qu'en mer les crabes, poissons, planctons et autres nous agacent comme ça?! Heureusement, moustiquaires et pommades répulsives ont réglé le problème.

Bilan : un petit peu déçu par le "désert". Je m'attendais à plus de solitude, plus de sauvagerie au sens propre du terme, mais une chouette balade quand même. Un 4x4 aurait été beaucoup plus approprié pour ce territoire. En sortant des grandes routes, la nature prend tout de suite une autre dimension. Ceci étant, nous avons vu des paysages magnifiques, et les quelques Australiens à qui nous avons eu à faire ont tous été très gentils et accueillants. Absolument aucune allusion aux pétards de Chichi.

 

De retour à la marina, nous découvrons autour de Mérovée, plusieurs bateaux francophones. Post-scriptum, un couple avec 2 garçons de 11 et 13 ans qui vont très vite sympathiser avec Tanguy et Marine. L'Eau Berge, skippé par Evangéliste Saint-Georges, un Québecquois de 60 ans très très... québecquois. Nous avions déjà croisé ce bateau à Las Palmas aux Canaries en 89. Reanso, un autre solitaire français et chiant, et enfin Goud'rhum, avec qui nous avions passé Panama en 92.

Grâce à la voiture, nous allons dans une "très" grande surface faire les appros. L'Australie n'est pas chère. Nicole fait des conserves et je peaufine notre équipement. Remplacement de quelques bouts qui commencent à s'user, installation d'une VHF à poste fixe, nous n'en avions plus depuis 4 ans... Je m'équipe aussi d'un petit GPS portable : au cas où. Bref, nous sommes fin prêt pour l'aventure indonésienne. Direction Kupang sur l'Ouest de Timor.

Nous quittons la marina lundi 4 septembre. Le vent est nul, et les derniers préparatifs nous ont un peu fatigué. D'un commun accord avec les autres bateaux, nous mouillons à Fannie Bay, devant le yacht club. Bien m'en prend car une lettre d'Elodie venait juste de nous arriver. Départ remis au lendemain 5 septembre, au moteur car toujours sans un souffle de vent. Nous naviguerons de concert avec Post-Scriptum et L'Eau-Berge. Cette navigation en escadre est nouvelle pour nous, mais c'est assez sympa. Il fait un temps splendide, trop même car toujours sans vent ou alors, c'est un petit souffle de face.

INDONESIE

Après 30 heures de moteur, celui-ci c'est mis à perdre des tours... M...! Ce n'est pas le moment. Après démontage du circuit gas-oil, le fautif est trouvé : le pré-filtre!  Soit il est bouché, soit il a  une prise d'air. Bon! On verra ça à Kupang, en attendant je le shunte, et c'est reparti. Ouf, tirer des bords à 2 nœuds, très peu pour moi.

Samedi 9, 14 heures locales, nous mouillons devant Kupang. Le vent souffle du sud depuis une heure. Il est bien temps. Un peu abrutis par presque 4 jours de moteur, nous apprécions le silence du mouillage vite troublé par le brouhaha de la ville toute proche et aussi le chant du Muezzin qui appelle les musulmans à la prière. Le dépaysement commence. Ce soir nous dînons à bord de Oost-scriptum. Bien-sur, Evangéliste est de la fête. Nous décidons de nous grouper pour les formalités de douane. Demain, un agent doit venir nous proposer ses services.

Dimanche, 9 heures ; Jimmy est là. Petit bonhomme minuscule qui parle un anglais... que nous comprenons très bien. Pour comprendre ce qui suit, il faut savoir que L’Indonésie vit sous le régime du bakchich et de la corruption. Donc, pour 45 dollars US, il nous propose de régler toutes nos formalités en 24 heures, ce qui nous prendrait, si nous le faisions nous même, plus de 4 jours... OK, nous acceptons. Tout le monde joue le jeu, il semble que ce soit la règle établie. Il nous fera également livrer du gas-oil. Nous sommes donc libres de nous balader. Un autre Français, râleur, a voulu faire "tout seul". Il est là depuis deux jours et se bat encore avec sa paperasse. Il lui manque toujours un coup de tampon.... 20 heures, il fait nuit. C'est Jimmy qui nous apporte notre clearance pour Bali. Tous les papiers sont faits; super!

Lundi, après l'école du matin, nous allons faire un petit tour en ville. Kupang est une cité de plus de 400 000 habitants. Située sur la côte Nord-Ouest de l'île de Timor, dont la partie orientale est en guerre d'Indépendance... contre L’Indonésie qui, elle, fête le cinquantenaire de son Indépendance... et allez donc!!!

Au sortir du bar anglo-saxon qui draine toutes les annexes des voiliers de passage, nous débouchons sur une petite rue poussiéreuse, qu'empruntent à toute vitesse les fameux Bemos. Ce sont de petits vans transformés en mini-autobus qui sillonnent la ville dans tous les sens, se doublant sans cesse afin de capturer les premiers le client. 300 rouphias la course, soit pour nous 66 centimes, nous permettent de traverser la ville en tout sens. Pourquoi se priver ?

Les rues sont noires de monde, bruyantes. Nous sommes pratiquement les seuls touristes. En 4 jours à Kupang, nous ne croiserons qu'un couple de backpackers, hormis les autres bateaux du mouillage, 5 au total. Pas de doute, nous sommes bien en Asie du sud-est. De Kupang, nous retenons surtout l'atmosphère particulière de la ville, si différente de nos cités occidentales, et aussi et surtout si loin des villages mélanésiens du Vanuatu ou des Salomons. L'Indonésie, indépendante depuis 1945, 185 millions d'habitants, 300 groupes ethniques, 3ème producteur mondial de riz et de café et 8ème de pétrole est un pays qui pourrait être riche, si une corruption, élevée au rang d'institution, ne créait une inégalité croissante entre les riches et les pauvres.

 

Jimmy, notre "agent", maître es'corruptik, nous invite à un mariage dans sa famille. Il est musulman. C'est une découverte pour nous. En fait, le mariage se passe sans la mariée ; entre hommes ! Après les prières, et une super bouffe (entre hommes), la fête sera finie et le jeune marié ira chercher son épouse, qui l'attendait dans la cuisine, pour rentrer chez lui... Ca surprend !

Le lendemain, nous louons un Bemo pour la journée. Direction la campagne timorienne. Ca bosse un Indonésien! Il n'est que de voir les rizières, les champs cultivés, irrigués par des kilomètres de tuyaux qui ramènent l'eau des montagnes environnantes. Nous retrouvons d'ailleurs toute leur production dans les marchés. Quelle diversité, il y a de tout, et même plus ; et quelle ambiance ! Après avoir visité une fabrique d'instruments de musique, nous poussons jusqu'à une cascade, délice d'eau fraîche, forêt tropicale ; ces bains d'eau douce sont tellement agréables sous ces latitudes.

 

Bon, c'est pas tout ça, mais faut avancer! 14 heures le 13, nous quittons Kupang pour Lomblen à l'Est de Flores dans l'archipel des îles Solor. Encore les trois quarts de la route au moteur faute de vent, et nous mouillons devant un village de pêcheurs, Lewoleba. Toujours beaucoup de monde, accueillants, gentils et souriants. Du quai, nous allons au village en cyclo-pousse. Escale au restau, pour 40 FF à quatre, nous repartirons rassasiés. Balade entre les cabanes à pilotis des pêcheurs, et partout nous entendons : "- Mister ! Mister! Portrait, portrait", alors clic-clac merci Kodak, le paradis du photographe. Au premier plan, la bouille souriante d'un gamin édenté, second plan, sa cabane sur pilotis devant laquelle passe un bateau de pêche à voile et pour clore le paysage, le volcan au fond légèrement voilé par la brume de chaleur. C'est'y pas beau !

Deux jours dans ce petit paradis, et nous partons pour Mauméré, capitale de Florès. Encore les trois quarts au moteur ; je crois qu'il va falloir s'y faire dans cette partie du monde, et ce jusqu'à Singapour. Mauméré n'a rien d'attirant. Cette ville de 50 000 habitants a été détruite en 1992 par un raz de marée suite à un tremblement de terre. Il en reste encore bien sûr des vestiges. Le charme de Florès est dans l'arrière pays. Nous décidons de nous rendre à Moni pour aller voir le sommet d'un volcan, le Kalimutu où se trouvent juxtaposés trois lacs de couleur différente. Transport local et hôtel sont au programme. C'est de toute façon le seul moyen de "rencontrer" réellement la population, et c'est tellement sympa! Nous partons donc à 6 heures du matin du bateau et nous enchaînons trois bus coup sur coup qui nous déposent 100 km et trois heures plus tard devant le Losman Stay Daniel à Moni. C'est un hôtel très local, sans grand confort. L'accueil simple et chaleureux de la propriétaire, la nourriture typique, délicieuse et à profusion suffisent à notre bonheur. L’excursion au volcan est prévue pour demain matin. En attendant, nous partons en randonnée au travers de la campagne indonésienne. Nous traversons une multitude de petits villages où s'agglutinent quelques maisons en bambou. Certaines sont bien branlantes. Sur le pas de la porte, les femmes tissent le traditionnel IKAT, qui sert de couverture et aussi de sarong. Les motifs sont un peu tristes et les couleurs sombres. Tout est fait à la main. Elles récoltent le coton au jardin, le filent, le teintent et enfin le tissent d'une manière très traditionnelle donc archaïque. Nous en achetons un pour... 50 FF. Il aura fallu plus d'un mois de travail pour le réaliser. Dans les grandes villes, on en trouve à 100 ou 200 FF, et ils sont faits industriellement. Vive le touriste!

Après cette marche de 12 Km, nous rentrons à l'hôtel. Réveil le lendemain à 3 heures du matin ; car le top est de voir le soleil se lever au sommet du volcan, et d'assister au changement de couleur des trois lacs. Le Bémo nous dépose au pied du belvédère. Il nous reste 200 mètres à grimper. Le soleil est à l'heure. C'est somptueux. Seule ombre au tableau, nous sommes une bonne cinquantaine de touristes béats à regarder monter le soleil. Mais bon : s'il n'y avait personne c'est que ça ne vaudrait pas le coup. Là-haut, nous faisons connaissance avec un groupe de Backpackers suisses et une Française. Nous redescendons du volcan, ensemble et à pied. On placotte beaucoup, et nous nous trouvons beaucoup de points communs dans l'approche de "La Balade". Nous les invitons à dîner à bord lors de leur passage à Mauméré. Muriel, la Française reste même comme équipière sur L'Eau-Berge, le bateau d'Evangéliste, et ce jusqu'à Djakarta et peut être jusqu'en France. Il est ravi, car les nuits de navigation en solitaire lui étaient bien pénibles. Ces deux jours de tourisme, voyage, hôtel, repas et bière nous reviennent à.. 185 Francs Français!!!

22 Septembre, 6 heures, nous quittons Mauméré pour Riung avec une petite escale à Matouma où nous ne restons que pour la nuit. Le lendemain à la même heure nous repartons. Le vent est le grand absent de cette balade en Indonésie. Moteur toute la journée, quelquefois un peu de voile, mais vraiment c'est rare! Heureusement qu'ici le gas-oil est moins cher que l'eau minérale...

La mer est d'huile, il n'y a pas un poil de vent (ça devient une habitude). A environ un mile du bateau on aperçoit un troupeau de baleines. Cap dessus, ce sont des cachalots. Je saute dans mes palmes, masque et tuba et ... dans l'eau. Quel spectacle ! Quelle émotion! Quel bonheur ! Ils sont huit autour de moi. Je peux presque les toucher. Bon sang, que c'est impressionnant ! Ils font tous entre 8 et 10 mètres, une mère est là avec son petit, c'est fabuleux. Du coup, Nicole m'envoie les miens, de petits, pour les montrer à la mère cachalot. Elle est ravie. Tanguy et Marine ne sont pas plus impressionnés que cela. Nous nageons parmi les baleines pendant presque 20 minutes, puis certainement lassées par tant d'agitation, elles décident de s'éloigner, majestueuses, belles de force et de puissance et pourtant si vulnérables tellement leur confiance est grande envers les bateaux et l'homme. Nous regagnons Mérovée sans rien dire, avec dans le cœur cet instant inoubliable d'une rencontre avec les baleines.

 

Nous arrivons à Riung à 15 heures. C'est un village de pêcheurs au fond d'une petite baie parsemée d'îles. Balades à terre, achat de poissons et de légumes, baignade, bref une petite escale sympa. Nous allons passer une après midi sur un îlot désert, dont le récif est intact. Cela devient tellement rare. Le lendemain, nous effectuons quelques courses au marché. Actuellement, nous mangeons à nous quatre pour moins de 20 FF par jour. C'est génial pour la caisse de bord! Nous levons l'ancre à 16 heures pour les 90 milles qui nous séparent de Lebuhanbajo située complètement à l'Ouest de Florès.

Nous mouillons le 26 septembre parmi plus d'une centaine de bateaux de pêche, sorte de grandes pirogues à double balancier, et propulsées par des voiles, ou lorsque le vent manque par des moteurs impressionnants de vétusté. Nous les surnommons les araignées. La nuit, elles s'éloignent de la côte à plusieurs milles et, peu ou pas éclairées, représentent notre principal souci en navigation. Touchons du bois pour ne pas le couler... (le bois des pirogues!)

Courte escale, nous goûtons au restaurant de succulents calamars. Labuhanbajo est une petite ville sans grand intérêt, surtout un port de pêche où accoste également le ferry qui vient de Java en passant par Komodo et Rinca. Nous la quittons le lendemain à 7 heures. Trente milles et nous arrivons au sud de Rinca. Mouillage super, isolé, au bord d'une plage où nous allons voir des varans, sorte de gros iguanes. Les autochtones les appellent ORA. Le varan est le dernier animal préhistorique survivant. Sa date de naissance se situe à l'ère secondaire, environ 100 à 130 millions d'années avant JC : 2 à 3 mètres de long, 150 Kg, il possède des dents crénelées comme des lames de scie de 3 à 4 cm de long, ce qui le fait ressembler au fameux tyrannosaure du secondaire. Avec sa queue, il est capable de tuer un buffle, ou... un touriste imprudent. Lorsqu'il s'attaque à une proie, il déguste d'abord les entrailles, son caviar. Moyenne de vie 50 ans. Certains zoos en possèdent quelques spécimens, mais la reproduction en captivité est quasiment nulle. L'animal fut découvert par un aviateur hollandais en 1921. Aujourd'hui, il s'en balade environ 2000 sur Komodo et Rinca.

L'aventure commence par la pêche. Nous allons chasser du poisson pour attirer les varans (Nous en profitons pour admirer l'un des plus beaux récifs de corail qu'il nous ait été donné de voir). Nous retirons les filets pour nous et disposons ensuite les restes sur la plage. Bien à l'abri dans les branches d'un arbre ou dans l'annexe au mouillage pour les moins courageux, nous attendons. Oh! Pas longtemps, car les varans ont un odorat très développé. Et ils arrivent, d'une démarche un peu saccadée, comme celle d'un gros jouet mécanique. De temps en temps, ils s'arrêtent, hument l'air, sentant une présence étrangère. Ils se précipitent ensuite sur la nourriture sans plus s'occuper du crépitement de nos appareils photo et déguerpissent sitôt le festin terminé. Nous, nous sommes heureux. Satisfaits d'avoir échappé à la visite guidée qu'organisent les Indonésiens sur Komodo, et d'avoir débusqué, par nous mêmes ces animaux tellement étonnants.

Nous décidons de ne pas nous arrêter à Komodo. Sur cette île, les varans sont une institution touristique, alors... Nous évitons également le Sumbawa et Lombok. Peu ou pas de choses à voir, et un accueil d'après radio cocotier pas très sympathique.

270 milles nous séparent de Bali. Nous choisissons la route sud en espérant avoir un peu de vent Les cartes météos nous en promettent. Au départ effectivement nous avançons à 3 ou 4 nœuds sous voile, pour vite céder la place au moteur pour la première nuit. Le lendemain, enfin, ça souffle. Et ça dure presque 24 heures, le rêve... Lorsque nous débouchons entre les îles de Sumbawa et de Lombok, nous sommes pris dans un violent courant de nord. Celui correspond au courant général Est/Ouest qui borde toute la partie sud de l'Indonésie, et qui, rendu dans ce coin là doit bien s'échapper par quelque part. Et bien ça pousse ! Pour faire route au 275 vrai, je devais tenir une route surface au 340!!! Incroyable! Heureusement, le vent était de nouveau absent, sinon la mer levée aurait été terrible. Il faut bien que le manque de vent serve à quelque chose.

Nous entrons au port de Bali à 14 heures le 2 Octobre. Beaucoup de voiliers au mouillage, mais aussi des cargos car nous sommes tous au même endroit. L'aéroport est tout à côté ce qui rajoute un divertissement auditif non négligeable. Comme nous comptons partir rapidement dans l'intérieur de l'île cela ne nous gêne pas. Le temps est beau, mais beaucoup plus humide que vers Florès, il y a maintenant quelques grains. Tant mieux pour les réserves d'eau. Nous devons éviter ici l'eau courante à cause des amibes, et sommes donc condamnés à l'eau de pluie ou minérale. ( La bière est également sans danger!!!)

Nous découvrons l'agitation des grandes villes d'Indonésie. Denpasar grouille. C'est un déferlement de motos et de voitures. Les trottoirs sont noirs de monde, et ça s'agite dans tous les sens du matin au soir et du soir au matin. Nous allons manger un babi cooling au marché de nuit ; c'est du cochon laqué ! Le marché de jour croule sous une profusion de fruits et légumes de toutes sortes. C'est l'abondance : nous goûtons des fruits inconnus au goût délicieux. Après ce premier contact avec la vie balinaise et sa capitale, nous décidons d'aller visiter l'intérieur de l'île. Nous louons une petite voiture pour cinq jours et partons à l'aventure. Nous logeons dans des petits hôtels très confortables, au milieu des rizières et dînons dans des warungs midi et soir. Les prix sont dérisoires : la location de voiture pour 450 FF, l’hôtel pour 10 à 30 FF par jour, les repas entre 5 et 20 FF. Les gens sont sympas, surtout lorsque l'on s'éloigne des grands points touristiques, sinon, ils deviennent vite assez irritants tant ils veulent vendre à tout prix leurs colifichets. Rien à dire, les Français font la même chose au mont St Michel.

 

C'est une île merveilleuse et qui mérite bien son succès touristique. Nous évitons les grands axes pour privilégier les petites routes perdues parmi les rizières. Nous effectuons deux heures de rafting au cœur de Bali parmi une végétation étonnamment luxuriante, Nous assistons à une prière dans un temple perché en haut d'une montagne et perdu dans le brouillard.. Nous assistons également, tout à fait par hasard à une cérémonie appelée "Danse du Kriss" (c’est un poignard de grande valeur spirituelle dont la lame est faite d'un alliage de fer et de météorite, ce qui lui donne un aspect veiné très particulier). Les danseurs miment l'attaque par le porteur du Kriss des dieux qui protègent leurs adversaires. Impressionnant car tous se mettent en transe au fur et à mesure de la danse. Une musique rituelle de gamelan accompagne le tout et accentue, s'il en était besoin, l'état d’excitation de tous les protagonistes.

 

Nos balades à pied dans les rizières sont les moments de détente de ce survol de Bali. La beauté des perspectives que nous découvrons au fur et à mesure de nos marches nous ravit et nous étonne tant le réseau d'irrigation est complexe. On dit que se sont les dieux qui ordonnent tout. Il est vrai que des ingénieurs agronomes ont essayé de programmer tout cela scientifiquement : ils se sont lamentablement plantés, et les Balinais sont retournés à leurs méthodes ancestrales.

Nous rentrons au bateau les yeux et le cœur plein de merveilleux souvenirs. Bali mériterait un séjour bien plus long. Le manque de communication est aussi un sérieux handicap. Si nous revenons un jour, il faudra apprendre l'Indonésien. C'est un peuple très intéressant et tellement sympathique.

L'heure du départ a sonné. Nous levons l'ancre à 6 heures le 15 Octobre pour Sumenep sur l'île de Madura au nord est de Java. 36 heures de moteur plus tard, nous mouillons au milieu des bateaux de pêche et de commerce de Kalienget, le port de Sumenep. Pas de touristes, peu de choses à voir ou à visiter, mais un contact privilégié avec la population du fait justement de l'absence de visiteurs. Nous traversons la ville en becak, cyclo-pousse local qui fourmille dans les rues. Juffrie, un Indonésien du coin nous emmène visiter un chantier de construction de bateaux en bois, c'est pour nous un bon de 200 ou 300 ans en arrière. Une coque de 25 mètres faite entièrement à l'herminette! Gros producteur de sel, Sumenep expédie sa production dans de magnifiques cargos en bois d'allure tout à fait semblables à leurs frères d'acier. Incroyable!!

Sur les conseils d'un bateau de rencontre, passionné d'Indonésie et parlant la langue, nous décidons de faire route sur Jepara, en Central-Java. C'est l'Indonésie profonde. Ils n'ont pas souvenir d'avoir vu d'autres voiliers au mouillage dans leur baie. Nous sommes l'attraction à notre arrivée dans le port* les égouts* (* rayer la mention inutile). La rivière qui traverse une partie de la ville sert à tout. Plusieurs centaines de bateaux de pêche y trouvent refuge et les rives sont surpeuplées. Profonde de moins d'un mètre et avec un faible courant, vous imaginez l'état dans lequel est l'eau, je ne parle même pas de l'odeur.

Mais là encore quelle gentillesse de la part des gens! Une jeune fille musulmane,  qui parle anglais nous donnera deux jours de son temps pour nous guider dans sa ville et ses environs. Nous visitons entre autres une usine de cigarettes à Kudus, ville située à 35 Km de Jepara. Nous entrons dans une salle où environ 800 femmes roulent avec d'antiques machines en bois les cigarettes et ébarbent les extrémités avec des ciseaux. ( Cadence : 600 cigarettes à l'heure pendant 10 heures, 6 jours par semaine et pour 600 Roupias l'heure soit 1,20 FF !!!). La mise en paquet, manuelle également est encore plus impressionnante, 800 paquets à l'heure. C'est marrant, il n'y avait pas d'affiche syndicale sur les murs de l'usine......

Ces deux jours entiers à déambuler dans les rues, avec cette ambiance folle des villes surpeuplées, mélange de technologie avancée et de centaines de petits métiers traditionnels venus du fond des âges, mélange de richesse et de pauvreté, nous laisseront un sentiment étrange. Nous quittons Jepara sans regret, mais content d'avoir su, un petit peu, sortir des circuits touristiques traditionnels.

A 50 milles au nord de Jepara, nous nous régénérons dans une petite île aux eaux turquoises et aux palmiers accueillants. Karimunjava est un petit village de quelques centaines d'habitants (Java est peuplée de 110 millions d'âmes. Faut bien les mettre quelque part!). Rien à voir de particulier si ce n'est y puiser un peu de calme après Jepara et avant Singapour. Ecole le matin, sieste, pêche ou bricolage l'après-midi, la vie de bateau... Quoi!!!

 

Nous reprenons notre route après quatre jours complets de farniente. Cap presque Nord, direction Singapour à 600 milles de là, et une courte escale à Belintung, une grande île au sud Est de Sumatra. Pas de surprise côté navigation. Nous sommes entre le 3ème degré de latitude Sud et Nord. Ce que les "savants" appelle la zone intertropicale de convergence. Ben tiens! Joli nom pour un sacré foutu coin. Depuis que nous avons quitté Kupang, on est à plus de 75% de navigation au moteur, avec une température coincée au-dessus des 30° Celsius. Seul agrément, mais depuis peu, les grains. Ceux-ci commencent à apparaître et nous leur courons après, moteur à fond, pour récupérer de l'eau potable et prendre une douche, suprême confort.

 

Il est un peu tôt pour faire déjà un bilan de ce petit passage en Indonésie, mais dors et déjà le jugement est très, très positif, et cela à tout point de vue. Dépaysement, curiosités, accueil et, la cerise sur le gâteau : le coût de la vie! Quelques efforts à fournir pour apprendre la langue et c'est le paradis.

BATAM, Nongsa Point Marina ; dernière escale indonésienne avant Singapour dont nous apercevons les buildings seulement 15 milles plus au nord. Ces derniers 600 milles ont été très paisibles. La mer d'huile, le vent léger dans la journée et complètement inexistant la nuit, bref la navigation équatoriale type. Le passage de la Ligne c'est fait suivant la tradition et fut arrosé au rhum!!! Une goutte pour Neptune, une goutte pour Eole, une goutte pour l'équipage et le reste pour le Capitaine!

La marina où nous sommes pour trois jours est isolée dans le nord de Batam. Les Indonésiens, pas plus c.. que d'autres, ont compris l’intérêt qu'il y avait à attirer les touristes de Singapour. Alors ils ont construit un immense complexe hôtelier et une marina. L'accès administratif est hyper simplifié; douanes et immigration sont réduites à leur plus simple expression. Eau, gas-oil, électricité, douches, restau, piscine, Mérovée et l'équipage repartent d'ici en pleine forme.

Quinze milles nous séparent de Singapour. La distance est couverte en 3 heures au moteur. On essaye de mouiller dans Soho River, mais la couche de vase est telle que l'ancre refuse d'accrocher, même avec 60 mètres de chaîne dehors. Je sors même la deuxième ancre sans plus de succès. Alors, avec l'ami Post-Scriptum, nous allons "pleurer" une place au Changi Yacht Club. Pleurer, car il n'y a théoriquement pas de place pour les voiliers de passage. Une heure et 200 S$ plus tard, nous crochons la bouée 57 dans le chenal. Nous sommes à l'abri d'un éventuel "sumatra", vent violent et soudain qui se lève de l'ouest en provenance justement de Sumatra. Par contre, l'incessant passage des cargos, barges, remorqueurs et autres travailleurs de la mer nous permettent de ne pas perdre notre amarinage...

SINGAPOUR

Pas grand chose à dire sur Singapour. De grands et beaux buildings, au milieu de verdures partout dans la ville rendent les promenades assez agréables. Les quartiers chinois ou indiens n'ont plus grand chose de typique. Les constructions modernes envahissent tout. Ce qu'il reste à voir : les centres commerciaux. Bonjour la carte bleue... Heureusement, elle est solide. Non, je plaisante. Car hormis pour quelques articles d'informatique, on trouve tout pratiquement au même prix qu'à la FNAC à Paris, voire même plus cher. Bref, on a été raisonnable.

Le 9, nous fêtons l'anniversaire de Tanguy. Dix ans dont 65% à bord d'un voilier. D'après lui, un anniversaire à Singapour c'est le top, surtout pour les cadeaux...

Le 10, nous filions à l'aéroport. Non, pour rentrer en France, mais pour saluer, malheureusement trop brièvement, mon ami Robert Leborgne, commandant de bord sur Airbus 340, qui était là en courte escale. Chouette moment autour d'un pot, à parler de tout et de rien, de voyage et de boulot, des amis...

 

Singapour, 14 novembre 1995, 3 heures du matin. Le moteur ronronne, l'équipage dort encore. Le vent est, comme d'habitude nul. Ce sera encore une fois route au moteur ; je peux me débrouiller seul d'autant plus que nous sommes à une bouée du yacht-club, donc pas d'ancre à remonter.

Il fait nuit noire. La traversée du plus grand port du monde devrait être "intéressante". Radar et GPS en marche: c'est parti! Pas facile de se repérer dans ces illuminations. Tout se confond. Bon: on va faire le tri. Tout ce qui est blanc : on évite; tout ce qui clignote en rouge ou vert : c'est la route à suivre entre les bouées ; le reste des rouges ou verts, ce sont des bateaux en route. N'oublions pas les trois boules blanches superposées : les remorqueurs ; et ils sont nombreux à circuler là dedans avec derrière eux, à 150 mètres, une lourde barge sans lumière... Bon, ben on va faire gaffe! 7 heures, le jour est là. Tout s'est bien passé. Nous traversons le dernier "banc" de cargos au mouillage (expression de Marine quand elle a vu pour la première fois tous les cargos devant Singapour).

Nous entrons maintenant dans le détroit de Malacca. Nous sommes dans le rail des cargos montant. Ils se suivent à moins d'un mile chacun. Quel défilé ! Nous mouillons derrière Pulau Pisang vers 17 heures. La nuit, il y a beaucoup de pêcheurs plus ou moins bien éclairés, des filets et des pièges à poissons un peu partout, bref des aimants à quille et à hélice. Je préfère éviter. La nuit est calme, reposante après l'agitation de Singapour.

Un mot des pirates... il n'y en a plus depuis longtemps. Seule une rumeur, colportée par des "plaisanciers" trop contents de se faire passer pour des aventuriers, entretient la légende du détroit de Malacca.

MALAISIE

Après une journée voile-moteur, avec des grains, du vent (de face), un peu de soleil, nous arrivons à Pulau Besar en fin de journée. Cette île est à 5 milles de Malacca. Le mouillage est impossible devant la ville, il faut prendre une navette qui nous dépose sur la côte et terminer en bus. Nous allons faire un tour dans cette vieille ville historique après avoir débarrassé Mérovée de toute la crasse huileuse des raffineries de Singapour. Nous visitons le quartier chinois et prenons contact avec plaisir avec la Malaisie.

Nous quittons le mouillage le lendemain. Tanguy est fiévreux, et ne doit pas quitter le bateau, alors autant avancer. 100 milles nautiques plus tard, nous entrons dans le principal port de Malaisie : Port Klang. Immédiatement nous comprenons que nous ne sommes pas dans un pays sous-développé. Des constructions partout ! Le port décuple ses longueurs de quai. Il y a des cargos partout. Nous prenons une bouée au Royal Selangor Yacht Club, car il n'y a aucune possibilité de mouiller sur ancre.

Nous laissons Mérovée tout seul au mouillage pour huit jours, la jungle nous attend. Nous avons choisi de séjourner dans un village Orang Asli, près du Tasik Chini (lac Chini) sur la côte Est de la péninsule. La guest house Rajan Jones de Kampung Gumun est très réputée pour la qualité de son accueil et la connaissance de la faune et de la flore de la forêt malaisienne. Une chance, nous sommes hors saison et donc les seuls clients. Rajan Jones, un Indien Tamoul, nous accueille formidablement, faisant oublier le confort très "basique" de sa guest house. Nous dormons dans une cabane en bois, à même le sol avec juste un petit matelas de mousse (Aïe le dos!!!). Les douches sont au fond du champ: un trou d'eau avec un seau. Les repas sont pris au village, préparé par Cikgu l'épouse Orang Asli de Rajan, ils sont succulents et fort copieux. Pour 30FF par jour et par personne en pension complète, c'est le paradis.

 

Rajan nous fait découvrir la jungle le premier jour, au travers d'une promenade d'environ 15 à 20 km.. Nous découvrons cette forêt vieille de plus de 130 millions d'années. La richesse de la flore est incroyable, la quantité de plantes médicinales nous stupéfie. Il y a tout pour tout. Racines, feuilles etc... J'ai oublié les noms. Rajan nous explique comment boire de l'eau à même une liane fraîchement coupée, comment poser un piège. Nous ne voyons pas le temps passer. Nous découvrons une trace toute fraîche de tigre, le passage, la nuit précédente, d'un éléphant, des nids d'ours aux sommets de certains arbres, et nous apercevons, mais de loin, des singes. Ce que nous voyons de très près, même de trop, ce sont les sangsues. Nous en avons plein les chaussettes. Le record avec sept bestioles est détenu par Nicole... Elle est très fière!!!

Notre deuxième journée est consacrée à la remontée en pirogue d'une rivière au cœur de la jungle. Là, nous sommes seuls. Pas de guide, juste le plaisir des yeux et des oreilles. Génial!!! Impossible de décrire ce que nous ressentons, c'est géant! Les arbres sont gigantesques, les plantes démesurées et les cris des animaux, proches et invisibles complètent un tableau de rêve. La magie de la jungle est là. Notre dernier jour se déroule au pied d'une cascade, repos, bain, mais toujours ce même environnement, stupéfiant de richesses et source d'un étonnement sans limites. Nous ne pouvons pas passer de nuit en jungle à cause de la saison des pluies déjà bien avancée : dommage... En contre partie, nous étions seuls, et comme toujours dans ces cas là, le contact avec les gens s'en est trouvé renforcé. En pleine saison, il arrive à Rajan de "traîner" trente touristes... On a évité le pire!

Un mot de Kuala Lumpur, la capitale de Malaisie. C'est une ville moderne, très moderne même, qui construit à tour de bras des buildings de plus en plus hauts au détriment des quartiers typiques. Kuala Lumpur ne laisse pas indifférent. Elle représente bien le dynamisme des pays du sud-est asiatique.

Retour au bateau, la tête pleine de merveilleux souvenirs, nous préparons notre départ. Après une plongée désagréable dans les eaux de la rivière pour dégager un plastique pris dans l'hélice, nous quittons Port Klang ce 28 novembre à midi pour Lumut. 80 Milles, et une nuit d'orages plus tard nous embouquons Dingging River et arrivons au mouillage devant Lumut à 10 heures. Nous retrouvons comme prévue Free Spirit, le Ketch de Jean et Patricia (la fille de Noël et Françoise Hardouin). On fait la fête. Ils traînent leur quille dans les eaux malaisiennes et thaïlandaises depuis 6 ans. Ils nous donnent de précieux renseignements. Nous avons convenu de faire des escales communes jusqu'à Phuket.

Au matin du 30, vilaine surprise : l'annexe n'est plus à l'arrière du bateau. Je l'aperçois un peu plus loin sur la berge, mais le moteur a disparu... Sale coup. Plainte à la police pour la forme, mais c'est peine perdue. Nos amis sont formels et inquiets, car c'est la première fois que cela se produit ici. Et quand le doute et la crainte commencent à s'installer quelque part …

 

Nous quittons Lumut en fin de journée pour nous rendre à Penang, une île plus touristique à 80 milles au nord. Encore une nuit d'orages qui verra notre grand voile en subir les conséquences : premier ris explosé. Bon, la galère continue.

Evénement important pour Mérovée cette nuit, nous franchissons notre 30000 ième mille nautique. Ca s'arrose!

Penang est une île peuplée : plus d'un million d'habitants. Le grand plus, c'est le quartier chinois de la capitale, Georgetown. Des rues grouillantes de monde, des centaines d’échoppes où l'on peut tout trouver, absolument tout! De l'ordinateur dernier modèle au boulier... Et aussi des moteurs hors-bord... Alors on se rééquipe d'un 15 CV, heureusement trois fois moins cher qu'en France. Il faut aussi que je vous parle de la boutique du chimiste. C'est une échoppe chinoise, dans le quartier du même nom. Une boutique toute en longueur, remplie de centaines, de milliers de flacons, fioles, jerrycans de produits plus ou moins dangereux. On y trouve absolument tout. Le propriétaire est vieux chinois, bouffé par les émanations d'acide et qui connait son stock sur le bout des doigts. Seul problème, si le produit demandé est au fond du fouillis, il vous demande de repasser le lendemain. Deux grands ventilos essayent de chasser les odeurs, mais c'est peine perdue.

 

Nous sortons le bateau au Panang Yacht Club,  super équipé, et très professionnel. Trois jours plus tard, Mérovée caréné à neuf retrouve son élément.

Le temps de louer deux motos pour faire le tour de l'île avec les enfants, et nous remettons à la voile pour Langkawi, dernière escale avant la Thaïlande. Navigation de jour cette fois, et avec du vent et du soleil. Ca faisait longtemps... Le génois en profite pour exploser au niveau du point d'écoute. Trop, c'est trop! Et cette nouvelle galère nous laisse sans réaction. On grée le yankee et on continue la route. Il est vrai que nos voiles commencent à vieillir.

Nous mouillons à Langkawi dans une petite baie magnifique. Le relief est complètement différent des paysages rencontrés plus au sud. Ici ce sont de grands pics verticaux, très verdoyants, aux rives accores que nous pouvons longer sans problèmes avec le bateau. Une fois à terre nous allons nous "dessaler" dans un grand lac d'eau douce ; quel plaisir! Savon et shampooing sont de sortie. Nous rentrons au coucher du soleil au bateau, petit apéro dans le cockpit, les galères sont oubliées.

Le lendemain nous allons faire nos courses à Kuah, la capitale. Langkawi est un port franc, et les achats d'alcools, entre autres, sont très intéressants. Nous trouvons un petit Bordeaux bien agréable, et les fonds de Mérovée l'accueillent avec plaisir. On commence aussi à préparer l'avitaillement pour la descente de l'océan indien. On risque de rester longtemps sans supermarché...

15 Décembre. Il est temps de commencer à remonter sur la Thaïlande. 140 milles que nous faisons par petites étapes de 30/40 milles entre les petites îles qui parsèment la route. Mouillages sympas, eau claire, le tout sous un beau soleil. Avec deux ris dans la grand voile et le petit yankee on ne va pas bien vite, mais c'est mieux qu'au moteur.

THAILANDE

20 Décembre, Nai-Harn Beach à Phuket. 6000 milles depuis Nouméa et les deux tiers de la route de fait. Ici, c'est l'ambiance vacances. Beaucoup de voiliers au mouillage, plein de bars et de restaurants le long des plages, des boutiques en tout genre et tout le cortège de touristes en "peau blanche et Tee-shirt rose fluo". Ca change des îles désertes, mais c'est sympa quand même. Avantage, je trouve un voilier, et lui fait réparer toutes mes voiles. Vu les prix pratiqués ici, j'en profite pour commander une grand-voile neuve. Je fais également réparer mon compresseur de plongée en vue de nos escales futures aux Maldives et Chagos.

 

Ariane et Cédric viennent nous rejoindre pour les fêtes de fin d’année.

Nous avons également la joie de retrouver la famille Hardouin, en visite sur le bateau de Jean et Patricia. Nous gardons un souvenir ému d'une soirée barbecue particulièrement bien arrosée, sur une petite plage d’un îlot désert au sud de Krabi Quel plaisir de retrouver des amis pour partager des moments aussi privilégiés!

Après le départ d'Ariane, école oblige, nous allons avec Cédric passer quelques jours dans les îles Similan au nord de Phuket dans la mer Andaman. Free-Spirit et la famille Hardouin sont avec nous. Plongées, balades, siestes et fêtes... La vie est belle.

Les visites se succèdent à bord. Après le départ de Cédric, Richard un ami de Nouméa vient nous rejoindre pour une dizaine de jours. Mes parents lui succéderont. A chaque fois, nous naviguerons dans Phang-Nah Bay. Nous ferons 60 jours, et sans guindeau électrique... Sportif le tourisme !

L’île de Phuket n’est pas la Thaïlande. Sacrifiée sur l'autel du tourisme, il faut bien chercher pour retrouver " l'esprit’ thaïlandais certainement plus intact dans les provinces du nord. Le voilier est un moyen privilégié pour apprécier cette région à l’écart des excès en tout genre des parcs à touristes.

MALDIVES

13 Février, départ pour les Maldives. 1500 milles devant nous d’une route sans grand risque, et connue des navigateurs comme étant souvent très calme. Ce fut effectivement le cas. Hormis quelques grains en passant le sud des îles Nicobar, la traversée a été d’un calme remarquable, mais lente. On ne peut pas tout avoir! Les quatre  derniers jours furent somptueux. Vent arrière de 10/15 nœuds, courant portant d’environ 3 nœuds, nous filions sur le fond à plus de 7 nœuds avec le même qu’un mouillage bien protégé. Incroyable !

Nous arrivons à Malé le matin du 26 février. Treize jours de traversée tranquille qui nous laisse un très bon souvenir. Malgré un radio cocotier très défavorable, l'accueil aux Maldives fut très sympa. Un agent local pour quelques dollars s’occupe de toutes les formalités et de l'approvisionnement en eau et gas-oil. Seul vrai problème, l’approvisionnement en produits frais. Tout vient du Sri-Lanka, cher et un peu. Heureusement que l’appro a été particulièrement soigné en Thaïlande. Elodie vient nous rejoindre pour quinze jours. Nous irons mouiller devant un grand hôtel à quelques milles de Malé, et profiterons de son confort. Douches, piscine, jaccouzi et plage de sable blanc. Les bons mouillages sont très rares aux Maldives. Soit il faut mouiller dans 50 mètres de fond, exposé au clapot, ou bien... rien ! La plupart des hôtels régnant en dictateurs sur leurs petits îlots refusent la présence des yachts de passage. C’est le résultat de bien des excès  par nos prédécesseurs. Dommage!...

 

Le séjour avec Elodie est axé sur la plongée sous-marine. Nous faisons de la plongée entre 20 et 40 mètres dans des fonds splendides et une eau transparente. J'emmène Elodie, juste avant son départ, plonger sur une épave coulée en 1981 et située juste devant l'aéroport. C’est un cargo de 100 mètres posé sur un fond de sable à 40 mètres. On a tout visité, les cales, la timonerie, les WC, les cuisines ; génial!

Heureusement que j’ai maintenant un compresseur en bon état. Car hormis la plongée, il n’y a rien d'autre à faire ici, si ce n'est dormir et manger...

Une aventure dont je me serais bien passé a agrémenté notre séjour, C’était un soir, il devait être 21 heures, Tanguy et moi sortions pour satisfaire un besoin légitime avant d'aller nous coucher. Horreur ! A l'arrière du bateau, le grand vide! Elle est partie, elle a disparu, Mais ce n'est pas possible ! SI !!! L’annexe, notre chère annexe, notre mobylette, notre taxi, notre bus a disparu. On n'a plus de dinghy. Nicole entendant nos cris sort, et reste sans voix. Elodie est dans sa cabine, silencieuse, comprenant notre désarroi. Ce n'est pas tant le coût de la perte, bien qu'il soit important, qui nous peine le plus. Mais sans annexe, plus rien n'est possible : plus de plongée, plus de, plus... rien... Merde, merde, merde !

Bon, il faut réagir. Après analyse, nous sommes certains que ce n'est pas un vol, mais une négligence de notre part. Nous avons mal accroché le bout. Il est maintenant dix heures du soir. l'annexe dérive depuis au maximum 3 ou 4 heures. Nous sommes dans un lagon. Vaste certes, mais bon... Ceci dit les passes sont énormes et le courant souvent très fort. De plus, ce soir, le vent souffle à 20/25 nœuds... J’appelle le coast-guard par VHF. Ce soir, il ne peut rien faire, mais dès demain...

On n'a pas beaucoup dormi cette nuit là.

Le matin, je contacte les capitaines de Donis, bateaux locaux qui transportent gens et denrées au travers des atolls. Ils me promettent de jeter un oeil. J’appelle également les compagnies locales d’avion-taxi et d’hélicoptère. On ne sait jamais. Ceci fait, on décide d’aller nous-mêmes la chercher dans le lagon. L’atoll de Malé-Sud fait environ 20 milles de long sur 10 de large. Il est orienté du nord au sud. Le vent est de nord-est : 10 /15 nœuds et le courant, d’après les marins locaux, porte au sud ouest à environ 1 nœud, s’accélérant au niveau des passes, qui malheureusement sont nombreuses. Je trace une route estimant que, perché dans les barres de flèches, je dois couvrir une bande d’observation de 3 ou 4 milles de large. Il est 8 heures, moteur, et c’est parti! A midi toujours rien... Nous sommes à plus de 10 milles au sud est de notre point de départ. Nous décidons de faire 90°à l'est jusqu'au centre de l'atoll et de remonter au nord. Il ne faudrait pas se faire prendre de nuit dans cet atoll. Il est plein d'îlots et de grosses patates de corail. Vers 14 heures, une forme noire sur un platier. C’est un rocher... non, c’est lui! C’est pas lui! Si! Non! Si! Impossible d'en être sûr, nous sommes trop loin. Et puis, ça y est! Il est là, moteur bloqué dans le corail, intact, en bon état, notre bon vieux canot. Bon sang, c’est incroyable! On n’y croyait plus! Nous sommes à 12 milles de notre mouillage, au cap 210°.

Retour et fête. On a eu chaud.

Le séjour d'Elodie touche à sa fin. Nous la reconduisons - en annexe! - à l'aéroport. Formalités de départ et nous quittons les Maldives le 19 mars à 10 heures du matin pour les 600 milles qui nous séparent des Chagos. Navigation sans histoire, et aussi principalement sans vent. Cela devient une habitude sous ces latitudes. Juste un peu de vent pour finir, au près serré et avec 2 nœuds de courant "dans l' pif". Bref, on arrive vers 10 heures du matin le 25, soit exactement 6 jours après notre départ. Pas terrible la moyenne...

CHAGOS

Nous sommes aux Chagos, dans l'atoll de Salomon, juste devant l'île de Boddam. Ces îles appartiennent aux Anglais. Ils louent l'atoll de Diégo-Garcia aux Américains qui y ont installé une grande base militaire et ont pour cela exigé que tous les habitants soient déplacés sur l'île Maurice à 2000 Km de là... C’était en 1968. Les Anglais autorisent cependant les voiliers de passage à mouiller dans l'atoll de Peros-Banios ou de Salomon à 300 Km au nord de Diégo-Garcia. De temps en temps, ils viennent faire un tour, contrôler les papiers et prélever une taxe de 55 dollars !!! Nous ne les verrons pas de tout notre séjour. Les règles sont strictes : tout ou presque est interdit. Seules autorisées, la pêche à la ligne et la cueillette des noix de coco... Pas de chasse au fusil, pas de cœur de palmiers, pas de pêche aux bénitiers, pas de chasse aux crabes de cocotiers... Ben voyons!...

Il y a déjà neuf bateaux au mouillage. Nous sommes les premiers Français. Au plus fort, vers fin avril nous serons jusqu'à 22 bateaux. Sud Africains, Australiens, Américains, plus un Espagnol et un Italien. Un autre bateau français viendra nous rejoindre, mais tard et ne restera que 8 jours. Comme tout le monde, je plonge pour accrocher une chaîne à une patate de corail. Tout le monde fait ça, c’est le mieux pour un long séjour, et surtout il n'y a pas de sable pour que l’ancre croche bien. Depuis que nous sommes là, le vent s’est levé, fort entre 25 et 40 nœuds dans les rafales sous grains.

On croyait dormir tranquille...

A 3 heures du matin d’une nuit bien noire, sans lune, un sixième sens me réveille. Quelque chose me chiffonne. Je sors. Effectivement, rien ne va plus, on dérape ! Mérovée travers au vent traîne sa chaîne, libre de toute attache. Ou bien la chaîne a cassé, ou c’est la patate, mais il s’est passé quelque chose. Tiens, bizarre, on ne dérive plus ! N. de D. nous sommes bloqués sur une énorme patate de corail. Comme il n’y a pas ni houle, ni clapot, Mérovée ne tape pas. C’est un moindre mal. Il faut réagir vite. Le safran est bloqué et l’hélice doit toucher le corail. Je saute à l'eau avec une torche pour voir les dégâts. Bon : c’est pas si pire comme on dit au Québec. La quille est appuyée latéralement contre le récif, safran et hélice semblent en bon état, mais sont bloqués dans de la fleur de corail friable. On devrait s’en tirer.

J'explique à Nicole comment on va tenter de s’en sortir. Je dégagerai l'arrière de Mérovée avec le Dinghy en poussant par le travers, et lorsque l’hélice sera libre, marche arrière et... Inch Allah!

Aussitôt dit, aussitôt fait et ça a marché.

Dans la nuit noire, et après avoir retapé une patate, on retrouve des fonds de 10 mètres pour planter l'ancre. Il est 4 heures, ça nous a semblé des siècles...

Au matin j’ai fixé à nouveau la chaîne solidement sur une énorme patate car c’était le corail qui avait cédé et non la chaîne. Nous avons depuis subi de nombreux coups de vent et ça tient bien. En ce moment, se développe un cyclone à 300 milles au sud, mais il doit s’éloigner.

On a appris que les Américains de Diégo Garcia pouvaient être joints par radio en cas de grave problème médical. Ils viennent te chercher en hélico et t'emmènent à leur hôpital militaire et, s’il le faut, t'évacuent sur Singapour. Nicole qui est inquiète pour une dent qui lui fait mal, et aussi en cas de problème avec les petits est rassurée. Les îles désertes ne sont plus ce qu'elles étaient!

Les journées se déroulent presque toutes suivant le même modèle. Le matin c’est obligatoirement l'école. Cela se passe bien. L’après-midi nous descendons à terre vers 3 ou 4 heures. Depuis que les voiliers s’arrêtent ici, il y a toute une organisation de Robinson créée en récupérant ce que les anciens habitants de l'île avaient abandonné. Il y a de l'eau douce récupérée dans une grande cuve, un puits, des ruines où ont été installés une cheminée, un établi pour bricoler, un fumoir à poissons etc... Un des bateaux est là depuis plus d’un an. Il avait coulé en tapant une patate au cours d'un coup de vent... Cela me rappelle quelque chose !

Le soir, à 5 heures, c’est le championnat de volley-ball. Moment sympa où tout le monde se retrouve. C’est devenu une institution...

Avec Enzo l'Italien, nous allons faire de la pêche sous-marine. Il y a plein de poissons. J’ai la chance de tirer un mérou de 15 Kg qui me permet de gagner le concours de pêche organisé par un Sud-africain. On ramasse aussi des bénitiers dont le muscle est délicieux cru avec du citron. On coupe également des cœurs de palmier que l’on mange en salade. La chasse au crabe de cocotier nous passionne ; les plus beaux font 3 à 4 kilos, quel délice!

Il y a deux jours, nous sommes partis visiter une petite île voisine avec les enfants. Nous n'avions emmené que le sel et le poivre, ainsi que les couteaux. Voici le menu : en entrée, salade de bénitier cru avec cœurs de palmier, ensuite filet de mérou au barbecue suivi de crabe de cocotier cuit dans l'eau de mer. Pour le dessert, noix de coco...

Tout seul au milieu de l’océan, moment magique, on savoure...

Nicole, toujours à l’ouvrage, refait les peintures intérieures de Mérovée, la rouille sur le pont, elle n'arrête donc jamais ! Nous attendons que les vents tournent pour descendre sur Rodrigues, Maurice et La Réunion. C’est la première fois depuis notre départ de France que nous ressentons aussi fortement la liberté que nous offre notre bateau.

La vie est belle...

 

En fait, nous ne savions pas à quoi nous attendre aux Chagos. Bien sûr, nous savions qu'il s’agissait d’îles désertes, que de nombreux voiliers, sur la route du Sud, s’y arrêtaient pour attendre la fin de la saison des cyclones, que certaines mauvaises années, des skippers se battaient au sens propre du terme pour un bout de plage "privée" ou une boîte de conserve apportée par les Américains des Chagos ! Sympa ! ! ! Malheureusement, ce sont souvent les pires bruits qui se répandent le plus efficacement.

Comme je vous le disais plus haut, nous étions  9 ou 10 bateaux à mouiller cette année aux Chagos. Ce qui faisait une bonne vingtaine de personnes seulement. Surtout deux d'entre eux avaient déjà l’expérience du coin, et ont eu l'idée d'installer ce fameux filet de volley-ball. Magique ! C'était LE rendez-vous. On était tout de suite inclus dans le groupe, et surtout cela évitait les longues conversations stériles qui finissent toujours par créer des clans et des problèmes. Autre idée géniale,  qui, elle aussi, resserrait les liens entre tous, les anniversaires étaient souhaités ensemble au cour d’une soirée barbecue, avec sono et lumières multicolores. (Certains yachties sont équipés de première... ). Ces soirées étaient géantes. Je me souviens de l'arrivée quelques heures avant une fête comme ça d'un solitaire Australien qui pensait arriver sur une île déserte... Il s'est très vite adapté!

Chacun devait apporter un plat en essayant de faire preuve d'originalité et de bon goût. Malgré le manque d’approvisionnement, chaque plat était un régal. Nous avons été assez fiers de faire découvrir aux anglo-saxons les bénitiers crus avec salade de cœurs de cocotier. Non seulement ils n'osaient pas en manger, mais en plus comme c’était interdit...

Pas de solitude donc, mais un bonheur sans limite de cette liberté au travers de cette petite communauté de gens si différents et semblables en même temps. Seul le voyage en bateau peut permettre de vivre de telles expériences... Enfin, je le crois.

Début avril, on vient de finir nos produits frais. Il ne nous reste que quelques oignons. On pense partir début mai. Les cartes météo nous signalent une grosse dépression tropicale en formation à une centaine de milles de nous. Il vaut mieux attendre. Enfin vers le 8 mai, les cartes sont bonnes. Nous programmons notre départ pour le 11. Beaucoup de bateaux pensent au départ et commencent à se préparer. Une grande fête est organisée. Chacun apporte un plat de sa spécialité, le rhum et le punch coulent à flot. Un australien installe une grosse sono, un autre des lumières multicolores entre les arbres, mais comment ont-ils tout cela à bord ? Mais quelle fête!... Et nous partons demain...

Après avoir plongé pour récupérer ma chaîne autour de la patate de corail c’est le départ. On est tout... bizarre. Un peu comme, lorsque adolescent, la fin des vacances arrivant, il faut partir, quitter la bande de copains constituée sur place et qu'on ne reverra peut-être plus jamais. Quitter un lieu magique non par ce qu'il est, mais par ce qu'il représente de bonheur et de rêve.

On sort du lagon sans se retourner.

RODRIGUES

1 000 milles nous séparent de Rodrigues (On prononce Rodrigues, et non Rodriguais comme à l'espagnol). Route au 2 101, avec une prévision de vent de secteur est à sud. Bon, ce sera du vent de travers si on est chanceux ou du près serré sinon. Et puis, le vent est souvent fort par là. Eh bien, on aura été chanceux ! Vent léger d'est, nous sommes descendus au vent de travers sur mer plate, lentement, mais calmement, 3 à 4 nœuds de moyenne. Seuls les deux derniers jours nous ont donné un échantillon de ce que peuvent être les alizés soutenus de l'Océan Indien. 25 à 30 nœuds, mer forte, enfin, ça avance plus vite!

Nous franchissons la passe de Port Mathurin à 8 heures 30 le matin du 2 1, soit dix jours après notre départ des Chagos qui nous semblent déjà si loin.

Première surprise ici : tout le monde parle français ! Le journal est imprimé en français, la télé est en français, et le créole est très facile à comprendre, car très proche du français. Nous apprendrons que la langue officielle et administrative est l'anglais, mais que le langage courant aussi bien à Maurice qu'ici est le français et bien sûr le créole. Après un an, de baragouinages english, quel plaisir!!!

Rodrigues est idéale pour faire la transition entre les Chagos -personne- et Maurice - plus d'un million d’habitants. Tout y est tranquille, peu de voitures, pas de grand centre urbain, des zones de côte inhabitées que nous avons parcourues à pied, et des gens tellement gentils, si contents de voir des bateaux s’arrêter chez eux. Il y a peu de tourisme à Rodrigues. Deux ou trois petits hôtels seulement et surtout Maurice leur prend tout. Quant aux voiliers de passage, il n'y en a guerre plus d’une quinzaine par ans. Nous ne serons que quatre à descendre des Chagos jusque là. C’est vrai que le vent ne s’y prête pas.

 

Nous restons huit jours à Port Mathurin. James Waterstone, un Créole originaire de Rodrigues nous y guidera par monts et par vaux, nous faisant découvrir son île avec beaucoup d’amour. C’est un retraité qui s’est pris d’affection pour les voiliers de passage qui le lui rendent bien.

MAURICE

Mais il faut penser à lever l'ancre. Chose faite le 28 mai à 10 h 30 du matin. On nous avait parlé d’un vent souvent fort dans le coin... Nous avons mis 2 jours et 5 heures pour faire les 360 milles nous séparant de Port Louis à Maurice ; 6,6 nœuds de moyenne!!! Un vent moyen de 6 à 7 Beaufort et plus, je n'ose pas penser à combien, sous les grains qui ont été nombreux. La mer bien sûr était du même acabit et s’en donnait à cœur joie de nous voir aller aussi vite. On n'a pas mis le nez souvent dehors, Mérovée marche très bien tout seul... C’est fatigués, mais sans casse que nous sommes arrivés à Port-Louis le 30 dans l'après-midi. Ayant traversé les eaux internationales, ils nous faut refaire les formalités. Heureusement, les officiels sont sympas, et c’est expédié en moins d'une heure.

Le lendemain matin nous filons nous ancrer devant Grande Rivière Noire à 15 milles au sud de Port-Louis. Nous ne sommes que deux voiliers au mouillage, parmi beaucoup de bateaux de pêche au gros. C’est la spécialité du coin. Au mur du yacht-club, il y a un marlin bleu de plus de 500 Kg... Impressionnant !

Nous avons la tête ailleurs, déjà à la Réunion où plein de choses nouvelles nous attendent les amis, le boulot ?

Francis B. réunionnais depuis 8 ans vient nous rejoindre à Maurice. Avec lui, nous faisons une grande marche à l'intérieur de l'île, et récoltons plus de 10 kg de goyave chinoise. Un régal en confiture. Nous ne sommes pas attirés par les centres à touristes. Les plages sont jolies, mais... Allez, le départ est fixé au 10 juin. Moins de 24 heures pour les 135 milles restants, et c’est le 11 juin que nous rentrons dans le port de la Pointe des Galets. Toute petite marina, peu de confort, mais les huit premiers jours sont gratuits. Pour les formalités, rien ou presque, juste un formulaire pour les services de santé. Pas de douane, pas d'immigration, la réponse : vous êtes français, non ? Alors vous êtes chez vous. " !!!!! Ben ça alors! Il faudrait que les douaniers, polynésiens, calédoniens et autres viennent faire un tour ici.

LA REUNION

Trois jours plus tard, nous filons sur St Pierre, à 35 milles au sud. C’est là que nous avons choisi de nous installer. Ville du Sud, de province quoi ! L’ambiance y est cent fois plus décontractée qu'à la capitale, Saint-Denis, et le port est en pleine ville. L’entrée ne peut se faire que par beau temps, quand la houle du sud déferle, la passe est infranchissable. Il y a très peu de " tourdumondistes" à venir là. L’accueil est très chaleureux. On se pousse pour me donner une place à quai, et plus tard, on me prête un mouillage car le port est saturé. Il n'y a pas de ponton dans le port, aucun service. Mais on se croirait dans un petit port breton. Bref, on va y être bien et sûrement pour un bout de temps.

 

Voilà treize mois de voyage, 10 359 milles depuis Nouméa à 4,97 nœuds de moyenne ( 34 650 depuis la France). Le 22 août prochain, nous fêterons notre septième anniversaire de départ

 

                   Saint-Pierre le 20 juin 1996